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PIERRE ET ALFREDVoyage initiatique, voyage pathologique, fugue, errance ? Je suis tout à mes cogitations en remontant la rue Rousselet, derrière l’hôpital Laennec, dans le 7ème arrondissement. Je rumine mes idées tout en faisant quelques clichés : une concierge qui astique son hall d’entrée, un chauffeur en livraison, quelques passants pressés, des cyclistes en vélib’ qui slaloment au milieu de la circulation...

invalides
Boulevard des Invalides – Clic – square de l’abbé Esquerré – Clic – Hôtel des Invalides – Clic – Esplanade – Clic – Pont Alexandre III ? Non ! Pierre et Alfred « atteignent les quais, remontent vers le pont de la Concorde » lit-on.

Zut ! Une fugue c’est tout de même pas anodin ! Il y a des raisons, des signes avant coureurs. C’est une sortie de crise, une fuite en avant, un espoir confus de vivre autrement, ailleurs, loin des contraintes, des réalités. Mais rien du côté des familles, de l’entourage, l’auteur en témoigne :

« Pierre-Robinson et Alfred-Vendredi, connus dans le quartier qu’ils habitent, nous le savons, sous les noms de Pierre Guérin et d’Alfred Gautier, appartiennent à d’honnêtes familles d’employés de commerce. Enfants uniques, honnêtement, c'est-à-dire religieusement élevés, ils n’ont jamais eu que de bons exemples sous les yeux, et ils comptent l’un et l’autre, du reste, parmi les élèves les plus dociles, les plus rangés, les plus studieux de la pension Leverd, dans laquelle, il y a trois jours encore, ils se rendaient ensemble chaque matin pour en revenir le soir bras dessus bras dessous, avec la régularité de marche spéciale aux aiguilles de pendules. Pierre et Alfred ont grandi côte à côte, unis comme le sont leurs parents, et jamais ombre de jalousie n’a troublé leur attachement. Ils s’aiment si sincèrement que les bonheurs de l’un font toujours la joie de l’autre. Sans cesse rivaux, jamais ennemis, ils sont aussi inséparables que s’ils étaient jumeaux. Leurs mères ont d’excellentes raisons pour être fières d’eux, et jamais enfants n’ont été plus tendrement chéris, n’ont mieux mérité de l’être. »

paris-place-de-la-madeleine.jpg PARIS SAINT LAZARE

Concorde – Clic – rue Royale – Clic – Eglise de la Madeleine – clic – Rue Tronchet – Clic – Gare Saint Lazare – haut lieu d’une remarquable robinsonnade de Guillaume Apollinaire : Mr Pandevin, un négociant du sentier, prend son train en vol pour Le Havre où il compte monter à bord d’un transatlantique pour New York. Dans sa précipitation il oublie de payer sa course. Roudiol, le cocher, attendra 3 ans, à proximité de la gare, le retour de son passager pour lui présenter la note. Le tout tient en 2 pages sur papier bible dans une édition de La Pléiade.

La balade est sympa. La matinée lumineuse. Je regarde la foule qui s’engouffre dans la gare. Une véritable fourmilière. Pensif, je ne suis déjà plus très sûr de vouloir utiliser ces clichés pour illustrer cette fiche de lecture. Des cartes postales anciennes seraient plus appropriées ! C’est là que nos chemins se séparent…

gare-saint-leu.jpg saint-leu-avenue-de-la-gare.jpg

Pierre et Alfred montent dans le train, passent les fortifications – ou du moins ce qu’il en reste – puis les stations défilent : Mont-Valérien, Colombes, Sannois, Ermont et enfin Saint Leu. Sortis de la gare, ils filent en direction de forêt et s’exclament de concert « Libres ! Libres ! » et s’étourdissent en faisant une danse endiablée. On comprend à quel point ils sont tenaillés par le démon de l’aventure comme leur lointain modèle Robinson Crusoé :

Comment expliquer l'escapade des deux jeunes garçons, cet abandon monstrueux de leurs parents, cette folle idée d'aller au loin courir les aventures, d'imiter, en tout ce qui était à leur portée, les héros immortels de Daniel de Foë? Il faut en rendre responsable leur âge, leur esprit éveillé, leur vive imagination, leur inexpérience. Enthousiasmés par les récits de voyages qu'ils lisaient en tête-à-tête, ils avaient rêvé de bonne heure de cette existence mouvementée, fiévreuse, dont ils savaient par cœur les péripéties, dont ils causaient sans cesse en s'exaltant. Ils s'étaient promis, par serment solennel, de s'embarquer aussitôt qu'ils auraient l'âge voulu, de naufrager dans une île déserte, de vivre là de leur chasse et de leur industrie. Dans leurs jeux, ils avaient cent fois mimé les hauts faits qu'ils méditaient d'accomplir, tué d'incalculables nombres de girafes, de tigres, d'éléphants et d'anthropophages. Leur ambition la plus secrète, leur souhait le plus ardent, étaient de grandir au plus vite pour donner un corps à ces rêves de leur esprit, pour embrasser l'épineuse carrière d'explorateurs d'îles désertes. En un mot, ils s'étaient à la longue grisés de leurs désirs, devenus des obsessions. »

Voilà un mobile bien futile ! Mais après tout, l’esprit d’aventure est à l’origine des tribulations de Robinson. Je vous livre, en anglais dans le texte, les premières lignes du récit de Robinson :

Being the third son of the family and not bred to any trade, my head began to be filled very early with rambling thoughts. My father, who was very ancient, had given me a competent share of learning, as far as house-education and a country free school generally go, and designed me for the law; but I would be satisfied with nothing but going to sea; and my inclination to this led me so strongly against the will, nay, the commands of my father, and against all the entreaties and persuasions of my mother and other friends, that there seemed to be something fatal in that propensity of nature, tending directly to the life of misery which was to befall me.

[…suit l’exhortation de son père]

It was not till almost a year after this that I broke loose, though, in the meantime, I continued obstinately deaf to all proposals of settling to business, and frequently expostulated with my father and mother about their being so positively determined against what they knew my inclinations prompted me to. But being one day at Hull, where I went casually, and without any purpose of making an elopement at that time; but, I say, being there, and one of my companions being about to sail to London in his father’s ship, and prompting me to go with them with the common allurement of seafaring men, that it should cost me nothing for my passage, I consulted neither father nor mother any more, nor so much as sent them word of it; but leaving them to hear of it as they might, without asking God’s blessing or my father’s, without any consideration of circumstances or consequences, and in an ill hour, God knows, on the 1st of September 1651, I went on board a ship bound for London. Never any young adventurer’s misfortunes, I believe, began sooner, or continued longer than mine.”

Lucien Biart n’est pas le seul à utiliser ce subterfuge bien pratique. Le Capitaine Mayne Reid, un autre fondu de robinsonnades, d’ailleurs, s’est inspiré de Defoë. Je n’ai pas remis la main sur mon vieil exemplaire fatigué de « En mer », mais j’ai retrouvé l’intégral du texte dans les pages anglophones d’internet. Voici le premier chapitre, c’est tout à fait éclairant :

« I was just sixteen when I ran away to sea.

I did not do so because I had been treated unkindly at home. On the contrary, I left behind me a fond and indulgent father, a kind and gentle mother, sisters and brothers who loved me, and who lamented for me long after I was gone.

But no one had more cause to regret this act of filial disobedience than I myself. I soon repented of what I had done, and often, in after life, did it give me pain, when I reflected upon the pain I had caused to my kindred and friends.

From my earliest years I had a longing for the sea—perhaps not so much to be a sailor, as to travel over the great ocean, and behold its wonders. This longing seemed to be part of my nature, for my parents gave no encouragement to such a disposition. On the contrary, they did all in their power to beget within me a dislike for a sea life, as my father had designed for me a far different profession. But the counsels of my father, and the entreaties of my mother all proved unavailing. Indeed—and I feel shame in acknowledging it—they produced an effect directly opposite to that which was intended; and, instead of lessening my inclination to wander abroad, they only rendered me more eager to carry out that design! It is often so with obstinate natures, and I fear that, when a boy, mine was too much of this character. Most to desire that which is most forbidden, is a common failing of mankind; and in doing this, I was perhaps not so unlike others.

Certain it is, that the thing which my parents least desired me to feel an interest in—the great salt sea—was the very object upon which my mind constantly dwelt—the object of all my longings and aspirations.

I cannot tell what first imbued me with a liking for the sea, for I had such a liking almost from the years of childhood. I was born upon the sea-shore, and this fact might explain it; for, during my early life, when I was still but a mere child, I used to sit at the window and look with admiring eyes on the boats with their white sails, and the beautiful ships with their tall tapering masts, that were constantly passing and repassing. How could I do otherwise than admire these grand and glorious structures—so strong and so graceful? How could it be otherwise, than that I should imbibe a longing to be on board of them, and be carried afar over yonder bright blue water?

As I grew older, certain books had chanced to fall into my hands, and these related to the sea—they told of lovely lands that lay upon its shores—of strange races of men and animals—of singular plants and trees—of palms and broad-leaved figs—of the banyan and the baobab—of many things beautiful and wonderful. These books strengthened the inclination I already felt to wander abroad over the ocean.

Another circumstance aided in bringing about the climax. I had an uncle who had been an old skipper—that is, the master of a merchant-ship—and it was the delight of this old gentleman to assemble his nephews around him—there was a goodly number of us—and tell us tales of the sea, to which all were ever eager to listen. Many a budget did he deliver by the winter fireside—for, like the storyteller of the “Arabian Nights,” a thousand and one tales could he tell—stories of desperate adventures by flood and field—of storms, hurricanes, and shipwrecks—long voyages in open boats—encounters with pirates and Indians—battles with sharks, and seals, and whales bigger than houses—terrible conflicts with wild beasts—as bears, wolves, lions, and tigers! All these adventures had our old uncle encountered, or said he had, which to his admiring audience was pretty much the same thing.

After listening to such thrilling narrations, no wonder I became tired of home, no wonder my natural inclination grew into a passion I could no longer resist. No wonder I ran away to sea.

And I did so at the age of sixteen—the wonder is I did not go sooner, but it was no fault of mine that I did not; for from the time I was able to talk I had been constantly importuning my parents for leave to go. I knew they could easily have found a situation for me, had they been so minded. They could have bound me as an apprentice on board some of the great merchant vessels sailing for India, or they could have entered me in the Royal Navy as a midshipman, for they were not without high interest; but neither father nor mother would lend an ear to my entreaties.

At length, convinced they would never consent, I resolved upon running away; and, from the age of fourteen, had repeatedly offered myself on board the ships that traded to the neighbouring seaport, but I was too small a boy, and none of them would take me. Some of the captains refused because they knew I had not the consent of my parents; and these were the very kind with whom I should have preferred going; since the fact of their being such conscientious men, would have ensured me good treatment. But as these refused to take me I had no other resource but to try elsewhere, and I at length succeeded in striking a bargain with a skipper who had no scruples about the matter, and I was booked as an apprentice. He knew I was about to run away; and more than this, assisted in the design by letting me know the exact day and hour he was to take his departure from the port.

And I was aboard at the time specified; and before any search could have been made for me, or even before I could have been missed, the vessel had tripped her anchor, spread her sails, and carried me off beyond the possibility of pursuit.”

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Ce qui rapproche nos deux gamins, c’est leur insouciance et leur immaturité. Ils n’ont conscience ni de la peine ni du désarroi qu’ils procurent à leurs familles et à leurs entourages. A quelques pénibles occasions, lorsqu’ils rencontrent des obstacles ou que la frousse les submerge, ils ont une pensée attendrie pour leurs proches. Mais l’intrépidité reprend le dessus. Ils sont absorbés par leur jeu de rôle. Et ce n’est vraiment qu’en dernier recours, quand l’aventure tourne à l’eau de boudin, qu’ils sont kidnappés par un détraqué et en danger de mort, peut être, qu’ils regrettent leur escapade, prient pour qu’on les sauve et jurent de se tenir à carreau désormais. L’aventure et les dangers surmontés auront quelque influence sur leur comportement à venir. C’est en quelque sorte la morale de l’histoire :

"Ici s'arrête notre tâche, et il ne nous est pas même permis de raconter les succès obtenus dans leurs classes par Pierre-Robinson et Alfred-Vendredi cette même année, voire la suivante. Ils ne nous ont accordé d'autre autorisation que celle de narrer leur séjour clans la forêt de Saint-Leu, et, mandataire scrupuleux, nous ne voulons trahir ni leur confiance, ni leur modestie. »

argeneteuil dunlop argenteuil usine dedietrich
montmorency a dos d'ane enghien


Mais pourquoi aller robinsonner à Saint Leu ? Le souvenir d’une ballade d’automne en famille ? Mais encore ? La vallée de Montmorency à l’époque n’est pas encore la toute proche banlieue qu’elle est aujourd’hui ! Passée la Seine, Argenteuil est déjà une ville industrielle cosmopolite. Le bottin du commerce de 1900 donne un aperçu des activités industrielles : construction navale (bateau, péniches, remorqueurs…), accessoires de forge (soufflets, ventilateurs, pompes…), travaux publics (fabrication de ponts, wharfs, halls de gares, écluses…en poutrelles métalliques ?) mais aussi plâtrerie, distilleries, huilerie, parfumeries.

Plus haut, Deuil la Barre est caractéristique de cette ceinture maraîchère (choux, haricots, oignons, poireaux, artichauts, asperges, oseilles…), d’arboriculture fruitière (poiriers et pruniers) et viticole (picolo et ginglet) qui alimente Paris.

Enfin, Montmorency est une ville résidentielle et touristique (on y fait des promenades à dos d’âne) mais pas tant qu’Enghien réputée pour sa station thermale et son casino.

Et Saint leu, ou plutôt Saint Leu-Taverny ? Ce n’est pas un trou. Le village a accueilli au début du 19ème siècle Louis Napoléon Bonaparte (le frère de…) et la reine Hortense. Leur château a été démantelé depuis longtemps au moment du récit mais un sentier de randonnée permet encore, dit-on, de rêver au jardin impérial. D’ailleurs, avant de quitté Saint Leu nos deux gaillards vont se recueillir et se repentir dans l’église qui abrite les tombeaux impériaux.

En tout cas un couplet de la chanson de Saint-Vincent composée pour la fête de 1894 et publiée sur le site officielle de la ville laisse imaginer qu’il s’agirait d’un petit écrin de verdure facile d’accès pour les parisiens :

Refrain :

Honneur, honneur à Saint-Vincent
Qui nous réunit tous les ans,
Nous tous ses plus joyeux enfants !
Chantons et répétons gaiement :
Honneur, honneur à Saint-Vincent !

3ème couplet :

Coquet et gracieux village,
Son vert et magistral coteau,
Sa forêt, merveilleux ombrages,
De Saint-Leu font un vrai joyau.
Sa gare si bien desservie,
Attire tous les voyageurs.
Aussi, joyeuse compagnie,
On y trouve enfin le bonheur!
Par dessus tout, son picolo
Y fait trouver tout rigolo.

Peut être y a-t-il une autre raison, mais je me réserve de la dévoiler plus loin. Rien ne sert de se précipiter chaque chose en son temps…D’autant que j’ai peur de faire d’une coïncidence une relation de cause à effet, vous comprendrez plus tard.

Revenons au récit ! Pierre Robinson et Alfred Vendredi est un roman d’aventure pour la jeunesse. Les ingrédients ? 1/3 d’exotisme, 1/3 de pédagogie, 1/3 de morale et 1/3 d’épouvante. Pas sûr qu’un jeune lecteur d’aujourd’hui apprécie la recette. Il n’est pas seulement question de talent littéraire !

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L’histoire, Pierre Guérin et Alfred Gautier sont les meilleurs amis du monde. Tenaillés par l’esprit d’aventure hérité des héros romanesques, ils fuguent de leurs domiciles pour aller robinsonner en forêt de Saint Leu. A leur descente du train, ils s’enfoncent en forêt, se fabriquent une cabane en assemblant quelques fagots de bois, se déguisent en Robinson et Vendredi – il ne peut pas y avoir deux Robinson ! – partent en expédition, battent le moindre bosquet, découvrent un étang, un ravin…Tout à leurs jeux ils revisitent leur environnement pour en faire une contrée exotique. C’est ainsi que la forêt se métamorphose en jungle, l’étang en mer, la faune locale en faune sauvage, les promeneurs et rôdeurs en anthropophages. A plusieurs reprises ils sont surpris par le soir. Ces premières nuits à la belle étoile sont peuplées de bruits effrayants. C’est l’occasion pour chacun de se souvenir de leurs familles, sans en parler par fierté et sans prendre conscience de la peine qu’ils leurs font probablement. Une fois rassurés, ils poursuivent l’aventure.

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Pour se nourrir, ils se ravitaillent à l’épicerie du village. Pour faire durer l’argent, et par conséquent l’aventure, ils se mettent en chasse. Ils attrapent miraculeusement un lapin d’un coup de bâton, un hérisson qui empeste l’urine à la cuisson et quelques grenouilles à l’occasion d’une baignade. Ils rencontrent surtout Monsieur Mauduit alias Monsieur Papillon, un instituteur et néanmoins naturaliste, qui herborise et collecte des insectes. Il se prend d’affection pour les garçons et leur donne deux belles leçons de choses. Malheureusement, Zidore, un simple d’esprit rode, les épie, les talonne. Il leur vole leurs effets et leur nourriture puis les kidnappe pour les emmener au fond de la forêt, dans une masure, sur le site d’une carrière qu’il exploite. Un jour de cuite, le bonhomme disjoncte, met le feu à des fagots. L’incendie manque de se propager à la cabane où les enfants sont séquestrés. Ils sont sauvés in extremis par l’arrivée des villageois alertés par la colonne de fumée. Les garnements se repentissent enfin et après s’être requinqués, ils sont raccompagnés chez leurs parents qui n’espéraient plus les revoir.

Chez Pierre et Alfred, l’imagination est aux commandes. Imprégnés des récits de voyage et des récits d’aventures, littéralement habités par les personnages qu’ils incarnent désormais, ils transfigurent cette banale forêt de Montmorency en une jungle exotique d’où surgit toute une ménagerie extraordinaire. A tel point qu’ils sont déboussolés lorsqu’ils perdent leur chemin. Où sont-ils ? Sur une île ? Un continent ? En Afrique ? En Amérique ? La forêt s’est métamorphosée en forêt tropicale, la friche en savane, le ruisseau en rivière, le lac en mer. Et la faune ? Le pic est devenu perroquet, le hérisson, porc épic, l’écureuil, singe, le chat sauvage, tigre et le moindre craquement, le moindre bruissement est l’annonce d’un rhinocéros, d’un éléphant ou autre. L’exploration devient un grand safari et porte le secret espoir de chasses héroïques et fabuleuses. Et pourtant, le lapin, le hérisson ou le faisant sont déjà des prises miraculeuses pour ces deux gosses de la ville. Quant aux promeneurs, aux rôdeurs, ils sont vite assimilés à des indigènes, des sauvages, des anthropophages, des orangs-outangs. Oouaaaaah ! On parle beaucoup de quadrumane dans les Naufragés de Bornéo par exemple ou dans l’Ile mystérieuse. C’est vrai que la littérature jeunesse et la littérature populaire transmettent encore une vision très obscurantiste de ce que sont civilisations lointaines !

école buissonnière n0
Les leçons de choses de Monsieur Mauduit contribuent d’une certaine façon à renforcer l’impression d’exotisme. La découverte du monde des insectes façon « Microcosmos : Le peuple de l’herbe » de Claude Nuridsany et Marie Pérennou ouvre le champ des curiosités : chenilles, calosome, fourmis, libellule, cicindèles, coléoptères, mouches, papillons... C’est ça l’école buissonnière ! On sèche une classe décorée des éternels panneaux Deyrolle pour une découverte concrète, in situ. Ceci dit, ces leçons de choses deviennent vite frustrantes et pas seulement par ce qu’elles sont sans queue ni tête…

L’auteur aura beau dire :

« Que de choses intéressantes, utiles, Pierre et Alfred apprirent ce jour là, choses bien apprises et inoubliables, car ils avaient sous les yeux ce qui leur était expliqué. Puis comme ils écoutaient les paroles de Monsieur Papillon qui semblait tout savoir, qui s’exprimait avec tant de clarté qu’on le comprenait tout de suite. En moins d'une demi-journée, il révéla nombre des secrets de la nature à ses jeunes amis, et leur fit si bien oublier les heures, qu'ils restèrent tout surpris de le voir brusquement s'interrompre et s'écrier : Eh mais! le soleil a disparu, et il est grandement temps de retourner chacun chez nous […] »

on reste interloqué par cette leçon certes dialoguée, mais finalement si peu interactive !

Le piètre reste à venir, peut être…La seconde leçon est un continuum sur le rôle des oiseaux dans la nature, la longue marche de l’humanité, les chasseurs préhistoriques, la vie pastorale et l’agriculture, le rôle civilisateur des Aryens – Mon Dieu, vade retro ! – et puis pêle-mêle à nouveaux les insectes, les champignons, les orvets, la faune et la flore des zones humides…On comprend bien le lien entre la pérégrination, l’observation et les enseignements mais cela manque cruellement d’intention pédagogique. Ce n’est pas une leçon à proprement, c’est du discours.

Alors, je ne voudrais pas m’avancer, il y a visiblement toute une littérature sur ce sujet et notamment des mises en scène pédagogiques dont certaines ne présentent pas de grand intérêt :

« Les prétendues leçons de choses que nous avons trouvées dans certains journaux pédagogiques — dit l'éminent professeur — sont tout simplement des leçons sur des objets quelconques : ici sur les fonctions du corps humain, là sur les insectes et les produits qu'ils fournissent à l'industrie. Pour donner à cet enseignement un ton enfantin, l'auteur suppose que le maître parle en présence de ses élèves et leur adresse une ou deux questions sur le sujet qu'il traite, auxquelles Jean, Pierre ou Paul répondent nécessairement avec une précision parfaite. Puis, après quelques lignes, l'auteur se fatigue lui-même de ce discours, si peu dialogué qu'il soit : le petit interlocuteur disparaît et la leçon continue sur le mode usuel, traitant de sujets invisibles et intangibles, de faits historiques, par exemple […] »

En effet, on ne peut pas dire que la méthode Biart soit active et participative. Nos deux gamins semblent ou bien très surpris par les modalités de la leçon ou bien parfaitement timorés, en tout cas ils ne pipent pas un mot et ne sont pas spécialement stimulés. Les deux leçons de choses sont certes dialoguées mais elles n’ont que l’apparence de l’échange. On est loin de la posture pédagogique du gouverneur Jean-Jacques Rousseau, cet agitateur qui sollicite son élève Emile et qui suscite plus qu’il ne transmet.

Ca n’est pas ici le lieu pour commenter son éducation naturelle. Je n’ai pas lu ce pavé. Mais ce que je comprends des quelques articles butinés à droite à gauche c’est que son éducation négative consiste moins à transmettre des connaissances qu’à préserver ce que l’enfant est déjà. Petit rappel : « L’homme est naturellement bon, c’est la société qui le corrompt. » Jean-Jacques Rousseau aura à cœur d’isoler Emile de la perversion sociale et rester dans un face à face pédagogique jusqu’à la fin de son adolescence. C’est à quelque chose prêt les conditions d’une robinsonnade. Mais, au final, on lui reprochera certainement de tomber dans la tentation du Pygmalion.

rousseau ermitage rousseau méditation 


Jean Jacques Rousseau s’est d’ailleurs lui-même exilé d’une certaine façon - allé, je vous crache le morceau ! – à Montmorency, à quelques kilomètres de Saint Leu. Il est d’abord accueilli à l’Ermitage par Madame d’Epinay, puis après une brouille, au Mont Louis. [suivre son parcours] C’est une période clame et féconde au cours de laquelle il livre ses trois œuvres principales que sont le Contrat social, la Nouvelle Héloïse et l’Emile. Voici quelques citations à la volée sur ce lien indissociable chez lui entre la promenade et la réflexion (est-ce pour autant un péripatéticien ?) :

« Je destinai, comme j'avois toujours fait mes matinées à la copie et mes après-dinées à la promenade, muni de mon petit livret blanc et de mon crayon: car n'ayant jamais pu écrire et penser à mon aise que sub dio je n'étois pas tenté de changer de méthode, et je comptois bien que la forest de Montmorency qui étoit presque à ma porte, seroit désormais mon cabinet de travail. »

« J'allois alors d'un pas plus tranquille chercher quelque lieu sauvage dans la forêt, quelque lieu desert ou rien remontrant la main des hommes n'annonçat la servitude et la domination, quelque azile où je pusse croire avoir penetré le premier et où nul tiers importun ne vint s'interposer entre la nature et moi. C'etoit là qu'elle sembloit deployer à mes yeux une magnificence toujours nouvelle. L'or des genets et la pourpre des bruyeres frappoient mes yeux d'un luxe qui touchoit mon coeur, la majesté des arbres qui me couvroient de leur ombre, la delicatesse des arbustes qui m'environnaient, l'étonnante varieté des herbes et des fleurs que je foulois sous mes pieds tenoient mon esprit dans une alternative continuelle d'observation et d'admiration: le concours de tant d'objets interessants qui se disputoient mon attention, m’attirant sans cesse de l'un à l'autre favorisoit mon humeur reveuse et paresseuse, et me faisoit souvent redire en moi-même, Non, Salomon dans toute sa gloire ne fut jamais vétu comme l'un d'eux. »

« C'est dans cette profonde et délicieuse solitude qu'au milieu des bois et des eaux, aux concerts des oiseaux de toute espéce, au parfum de la fleur d'orange je composai dans une continuelle extase le cinquiéme livre de l'Emile dont je dus en grande partie le coloris assez frais à la vive impression du local où je l'écrivois. »

Pour ce qui concerne le passage que je vais maintenant vous livrer, il est extrait du Livre III de l’Emile, l’âge de force : de 12 à 15 ans. C’est l’âge auquel Emile reçoit une éducation intellectuelle et technique. L’abstraction ne convenant guère à cet âge selon Jean Jacques Rousseau, celui-ci fonde son éducation sur l’observation directe de la nature et les leçons de choses. On voit ici que le gouverneur est un meneur de jeu qui stimule la curiosité en utilisant une méthode active et qui invite son élève à raisonner sur ses observations et apprendre en s’amusant en quelque sorte. Jamais le gouverneur n’enseigne explicitement, il laisse Emile se débrouiller dans la construction de ses savoirs. Et en cela il est plus que jamais, lui-même, un Robinson. Jean-Jacques Rousseau a d’ailleurs fait table rase de la culture livresque et seul le Robinson Crusoé de Defoë trouve grâce à ses yeux. La première leçon à laquelle on assiste est une leçon d’astronomie et devinez où …

« Je n'aime point les explications en discours ; les jeunes gens y font peu d'attention et ne les retiennent guère. Les choses! Les choses! Je ne répéterai jamais assez que nous donnons trop de pouvoir aux mots ; avec notre éducation babillarde nous ne faisons que des babillards.

Supposons que, tandis que j'étudie avec mon élève le cours du soleil et la manière de s'orienter, tout à coup il m'interrompe pour me demander à quoi sert tout cela. Quel beau discours je vais lui faire! De combien de choses je saisis l'occasion de l'instruire en répondant à sa question, surtout si nous avons des témoins de notre entretien. Je lui parlerai de l'utilité des voyages, des avantages du commerce, des productions particulières à chaque climat, des mœurs des différents peuples, de l'usage du calendrier, de la supputation du retour des saisons pour l'agriculture, de l'art de la navigation, de la manière de se conduire sur mer et de suivre exactement sa route, sans savoir où l'on est. La politique, l'histoire naturelle, l'astronomie, la morale même et le droit des gens entreront dans mon explication, de manière à donner à mon élève une grande idée de toutes ces sciences et un grand désir de les apprendre. Quand j'aurai tout dit, j'aurai fait l'étalage d'un vrai pédant, auquel il n'aura pas compris une seule idée. Il aurait grande envie de me demander comme auparavant à quoi sert de s'orienter ; mais il n'ose, de peur que je me fâche. Il trouve mieux son compte à feindre d'entendre ce qu'on l'a forcé d'écouter. Ainsi se pratiquent les belles éducations.

Mais notre Émile, plus rustiquement élevé, et à qui nous donnons avec tant de peine une conception dure, n'écoutera rien de tout cela. Du premier mot qu'il n'entendra pas, il va s'enfuir, il va folâtrer par la chambre, et me laisser pérorer tout seul. Cherchons une solution plus grossière ; mon appareil scientifique ne vaut rien pour lui.

Nous observions la position de la forêt au nord de Montmorency, quand il m'a interrompu par son importune question : A quoi sert cela ? Vous avez raison, lui dis-je, il y faut penser à loisir ; et si nous trouvons que ce travail n'est bon à rien, nous ne le reprendrons plus, car nous ne manquons pas d'amusements utiles. On s'occupe d'autre chose, et il n'est plus question de géographie du reste de la journée.

Le lendemain matin, je lui propose un tour de promenade avant le déjeuner ; il ne demande pas mieux ; pour courir, les enfants sont toujours prêts, et celui-ci a de bonnes jambes. Nous montons dans la forêt, nous parcourons les Champeaux, nous nous égarons, nous ne savons, plus où nous sommes ; et, quand il s'agit de revenir, nous ne pouvons plus retrouver notre chemin. Le temps se passe, la chaleur vient, nous avons faim ; nous nous pressons, nous errons vainement de côté et d'autre, nous ne trouvons partout que des bois, des carrières, des plaines, nul renseignement pour nous reconnaître. Bien échauffés, bien recrus, bien affamés, nous ne faisons avec nos courses que nous égarer davantage. Nous nous asseyons enfin pour nous reposer, pour délibérer. Émile, que je suppose élevé comme un autre enfant, ne délibère point, il pleure ; il ne sait pas que nous sommes à la porte de Montmorency, et qu'un simple taillis nous le cache ; mais ce taillis est une forêt pour lui, un homme de sa stature est enterré dans des buissons.

Après quelques moments de silence, je lui dis d'un air inquiet : Mon cher Émile, comment ferons-nous pour sortir d’ici ?

ÉMILE, en nage, et pleurant à chaudes larmes.

Je n'en sais rien. Je suis las ; j'ai faim ; j'ai soif ; je n'en puis plus.

Jean-Jacques

Me croyez-vous en meilleur état que vous ? et pensez-vous que je me fisse faute de pleurer, si je pouvais déjeuner de mes larmes ? Il ne s'agit pas de pleurer, il s'agit de se reconnaître. Voyons votre montre ; quelle heure est-il ?

Émile

Il est midi, et je suis à jeun.

Jean-Jacques

Cela est vrai, il est midi, et je suis à jeun.

Émile

Oh! Que vous devez avoir faim!

Jean-Jacques

Le malheur est que mon dîner ne viendra pas me chercher ici. Il est midi : c'est justement l'heure où nous observions hier de Montmorency la position de la forêt. Si nous pouvions de même observer de la forêt la position de Montmorency!...

Émile

Oui ; mais hier nous voyions la forêt, et d'ici nous ne voyons pas la ville.

Jean-Jacques

Voilà le mal... Si nous pouvions nous passer de la voir pour trouver sa position!...

Émile

O mon bon ami!

Jean-Jacques

Ne disions-nous pas que la forêt était...

Émile

Au nord de Montmorency.

Jean-Jacques

Par conséquent Montmorency doit être...

Émile

Au sud de la forêt.

Jean-Jacques

Nous avons un moyen de trouver le nord à midi ?

Émile

Oui, par la direction de l'ombre.

Jean-Jacques

Mais le sud ?

Émile

Comment faire ?

Jean-Jacques

Le sud est l'opposé du nord.

Émile

Cela est vrai ; il n'y a qu'à chercher l'opposé de l'ombre. Oh! Voilà le sud! Voilà le sud! Sûrement Montmorency est de ce côté.

Jean-Jacques

Vous pouvez avoir raison : prenons ce sentier à travers le bois.

Émile, frappant des mains, et poussant un cri de joie.

Ah! Je vois Montmorency! Le voilà tout devant nous, tout à découvert. Allons déjeuner, allons dîner, courons vite : l'astronomie est bonne à quelque chose. »

Je suis toujours confondu par ce genre de coïncidence. Hasard ou nécessité de la progression d’une réflexion, d’une démonstration ? Ca n’a peut être pas d’autre lien que le rapprochement intuitif que je fais ! Mais avouez que c’est amusant.

Bon, en fait de leçon de choses, il faut se résoudre à admettre que Monsieur Mauduit-Lucien Biart assène à ses jeunes lecteurs une leçon tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Certes, passionné de sciences naturelles et agréablement surpris de rencontrer un auditoire attentif, le vieux maître déroule un enseignement clair. Mais c’est une information descendante. Il a cru percevoir du potentiel chez ces gamins et s’est pris au jeu : « Ils m'intéressent ces enfants; leur intelligence n'est pas commune, il y a en eux de l'étoffe pour faire des hommes utiles et bons. »

école buissonnière n1 école buissonnière n2 
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On est à l’orée de l’éveil et de l’émerveillement aux spectacles de la nature, pas dans la « fabrique des esprits » au sens où l’entend son illustre prédécesseur en forêt de Montmorency. D’un seul coup, la robinsonnade devient une simple école buissonnière. Et tandis que les petits campagnards sèchent pour aller à la maraude, nos petits parisiens, eux, découvrent concrètement cette nature qu’ils n’ont peut être vu jusqu’à présent que dans leurs livres d’école, au tableau ou sur les panneaux richement illustrés qui décorent la classe.

On peut même se demander si d’une certaine façon Lucien Biart ne cède pas plutôt à la mode de la vulgarisation dont Jules Verne est le plus bel exemple. En effet, sous l’impulsion d’Hetzel, Jules Verne ne manque jamais une bonne occasion de révéler les progrès des sciences et techniques au point qu’aujourd’hui certains descriptifs méritent d’être signalés pour prévenir les incongruités scientifiques. D’une façon plus lapidaire, certaines maisons d’édition n’hésitent pas à expurger ces paragraphes qui d’ailleurs n’apportent rien à l’action.

Jules Verne ou pas, le Magasin d’éducation et de récréation qui parait dès 1864 – mais il n’est pas le seul sur ce créneau, il y a Hachette… – est le reflet des théories éducatives de son temps : « Education, Instruction, Récréation. Voilà le triple objet que nous nous engageons à ne pas perdre de vue, pour ne pas tomber dans le défaut des autres journaux qui s’adressent, comme le notre, à la jeunesse » écrit Hetzel. Il y aurait de quoi dire sur cette ligne éditoriale mais il y a de très bons articles sur le sujet.

Pour finir et que la morale soit sauve, le dernier acte du roman prend de faux airs de conte. Nos deux fugueurs se sont enfoncés dans les bois. Ils ont frissonnés certaines nuits à la belle étoile. Qu’ils s’épouvantent maintenant ! Comme dans des montagnes russes, le récit oscille entre des moments de pure extase et d’adrénaline et des moments d’inquiétude et d’effroi. Mais les gosses ne ressentent ni remord, ni culpabilité, à peine une pensée fugace pour leur foyer car l’addiction à l’aventure est plus puissante que tout.

Et parce qu’ils s’entêtent et qu’il n’est pas envisageable de transgresser plus longtemps les valeurs familiales et une certaine convenance ; parce que chacun doit revenir dans son rôle et que la place de l’enfant c’est sous la responsabilité des parents l’auteur imagine une situation anxiogène telle que Pierre et Alfred reviennent à de meilleurs sentiments. C’est un naufrage, au sens figuré ou plutôt un rappel de l’esclavage de Robinson Crusoé en Afrique du Nord.

Zidore, le simplet du village qui crèche au fond des bois dans une masure, rôde et épie les promeneurs. Il agresse les enfants à deux reprises, d’abord en volant leurs affaires puis en les kidnappant et en les séquestrant. C’est un épisode particulièrement violent et traumatisant à telle enseigne qu’ils craignent d’y perdre la vie. Zidore fait figure de sauvage ou d’ogre. Il maîtrise à peine le langage articulé et la communication se réduit à des interjections et de sourdes menaces. En bien mauvaise posture, ils n’ont plus qu’à se repentir de leurs fautes et prier pour que la Providence vienne à leur secours :

Les pensées des deux amis sont pleines d'amertume, et leur imagination, à présent, les ramène d'une façon obsédante vers l'étroite rue où ils vivaient si heureux. Ils sont en proie à des regrets, à des repentirs sincères, ils sont pleins de saines et sages résolutions. Le malheur rend les hommes réfléchis, ce que ne fait pas toujours la bonne fortune. Pierre et Alfred n'ont plus qu'un désir, redevenir les écoliers accomplis qu'ils ont été jusqu'à l'heure où ils se sont mis on tête de ressusciter Robinson et Vendredi. Qu'ils la revoient, la chère rue Rousselet, et ils étonneront leurs professeurs par leur application, leurs parents par le nombre des prix qu'ils sauront conquérir, et les locataires reverront les écoliers rangés qu'ils citaient comme des modèles, dont ils aimaient à caresser les joues lorsqu'ils les rencontraient sur l'escalier. En même temps qu'ils songent à ce passé, Vendredi et Robinson se souviennent des bons conseils de M. Papillon, qu'ils auraient bien dû suivre. »

Tout est bien qui finit bien. L’épreuve les a obligé à reconnaître leurs fautes et la leçon a porté ses fruits. Leur prières ont été entendues, ils sont sauvés par les villageois et reconduits à leurs domiciles par l’instituteur et le curé. C’est finalement sans colère que leurs parents les retrouvent au terme de plusieurs jours d’inquiétude.

rousseau statue
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