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Au moment où je démarre cette lecture, j’ai toujours en tête les mots et les images des récits insulaires de Le Clézio. Bien ancrés. Enkystés.

« Je me souviens » – un exercice à la Perec ! – du jeune Alexis et de son copain Denis. De leurs escapades buissonnières autour de la demeure coloniale qui sombre comme une épave au milieu des champs de cannes à sucre. Je me souviens de l’appel de la liberté. Du chant de la mer. De la rythmique des vagues. De la plage. De la pêche. Des hourites. Du vent qui souffle au travers des cannes. De l’herbier sauvage, exotique. Des animaux.

Et voilà que je retrouve tout, tout ou presque, transposé chez Bosco ! Je retrouve dans « L’enfant et la rivière » le plaisir de lire. La fraîcheur d’une histoire simple. D’une langue tendre. De la Provence. De la Durance. J’ai envie de poursuivre avec « Le renard dans l’île » mais le goût du reviens-y n’y est pas. C’est avec Pagnol que je poursuivrai et la suite de la chasse aux bartavelles (qui valent bien des hourites après tout !), les courses folles du jeune Marcel et de Lili des Bellons dans le massif du Garlaban.

Amusant. L’exemplaire de « L’enfant et la rivière » que j’ai trouvé dans la boîte à livres au pied de mon immeuble appartenait à la petite Stéphanie – 6ème4. Le livre est encore couvert. La gamine avait souligné quelques mots, quelques phrases qui renvoyaient à un glossaire sur une page vierge en fin d’ouvrage. En 6ème 6, moi, c’était « La gloire de mon père » que j’avais étudié.

Au fil des pages c’est tout l’univers de Le Clézio qui se transpose donc dans ce livre. La demeure d’abord, la métairie au pied du massif du Lubéron. L’ennui. L’attirance pour la rivière. La transgression des interdits. L’aventure. La vie sauvage. L’amitié. Jusqu’aux paysages : l’ombre des aulnes, saules, peupliers, bouleaux vs tamariniers, le vent qui bruit dans les roseaux vs cannes à sucre, la petite anse qui cache une plage de sable fin sur laquelle on voit les traces de pieds nus, etc…

Pascalet s’ennuie ferme à la métairie sous la surveillance de sa tante qui vit d’illusions au milieu des malles du grenier qui recèlent des trésors de rêverie. L’interdit de la rivière est comme une invitation à sa transgression d’autant que le braconnier Bargabot en célèbre les charmes lorsqu’il rapporte le produit de ses pêches miraculeuses.

Sans qu’il l’ait orchestré Pascalet quitte le mas et vagabonde. C’est une fugue qui tait son nom. Sur les berges du fleuve il emprunte une barcasse et se laisse glisser au fil de l’eau jusqu’à une île. Il s’émerveille du paysage et respire la liberté à pleins poumons. Mais lorsque la nuit tombe il aperçoit un campement de bohémiens et un gamin ficelé comme un saucisson à un piquet. Il n’hésite pas à le libèrer et les gosses s’enfuient à bord de la barque des forbans.

S’en suit une robinsonnades au travers des bras morts du fleuve, au milieu d’un archipel d’îlots dissimulés sous une végétation touffue. Une invitation à une « vie libre et sauvage » faite de pêches, de siestes, de dinettes autour d’un feu de camp, à l’amitié. Le temps s’écoule lentement. Dans le silence. Mais il faut se tenir sur ses gardes car « il y a toujours quelqu’un de caché ». D’ailleurs les nuits sont troublées par le vacarme des animaux.

Un jour Gatzo disparaît et retrouve par hasard son grand père qui fait une représentation de marionnettes. Les enfants sont alors découverts et Pascalet rendu à sa tante. Dans «« Le renard dans l’île », on retrouve un Pascalet frustré qui s’ennuie plus que jamais après avoir goûté à l’aventure. Il ne s’agit pas d’un coup de blues mais d’une longue dépression.

« Ce que j’ai vu alors, je le vois encore aujourd’hui, et je redeviens, quand j’y pense, cet enfant que ravit, à son réveil, la beauté du monde des eaux dont il faisait la découverte ».

Cela m’a rappelé les « Tribulations d’un chinois en Chine » de Philippe de Broca dans lequel Belmondo campe un Arthur Lempereur, milliardaire désœuvré qui s’ennuie, le regard éteint, accoudé au bastingage de son yacht, la mèche tombante.

La lecture de ce roman m’a renvoyé à ma propre enfance. A « La gloire de mon père » que j’ai lue en 6ème. A sa couverture d’Albert Dubout qui illustra également les aventures du commissaire San Antonio. Un joli trait d’union entre deux auteurs dont la légèreté du style et du ton de l’un, la truculence et l’inventivité de l’autre, ont marqué définitivement mon goût de lecteur.

Or, après la célèbre chasse aux bartavelles c’est en fait dans « Le château de ma mère » qu’apparaît Lili des Bellons, ce garçonnet qui initie le jeune Marcel aux joies du braconnage dans les collines provençales. Aux longues courses dans le massif du Garlaban, sur les flancs du Taoumé jusqu’à la planque dans la grotte du Grosibou où s’abriter de l’orage. C’est là d’ailleurs que Marcel compte se réfugier et robinsonner en « hermitte » plutôt que faire sa rentrée à Marseille.

Lili des Bellons est un mariole. Braconnier, lui ? Certainement pas : « Moi, je suis des Bellons ! […] Ca veut dire que ces collines c’est le bien des gens d’ici. Ça fait qu’on n’est pas des braconniers ! »

Il est un peu le mentor de Marcel : « Lili savait tout ; le temps qu’il ferait, les sources cachées, les ravins où l’on trouve des champignons, des salades sauvages, des pins-amandiers, des prunelles, des arbousiers ; il connaissait, au fond d’un hallier, quelques pieds de vigne qui avaient échappé au phylloxéra, et qui mûrissait dans la solitude des grappes aigrelettes, amis délicieuses. [etc] »

Pagnol s’est intercalé, Dieu merci à raison entre Bosco et Twain dont j’avais prévu depuis longtemps de lire « Les aventures de Tom Sawyer ». Peut-être devrait-on parler des « bêtises » ?

Tom Sawyer est un sacré chenapan. Un hyperactif. Cancre. Maraudeur. Moqueur. Manipulateur. Bagarreur. Fugueur. Qui a sans cesse besoin d’être sur le devant de la scène. Briller. Etre aimé. Adulé. Un complexe d’orphelin ? Tom est élevé par sa Tante Polly qui lui voue une grande tendresse mais qui n’en laisse rien paraître de crainte qu’il en abuse. Tom ne lui passera rien, jusqu’à laisser penser à sa noyade et décider de sa résurrection en plein service funéraire !

Malheureux en amour, Tom a entraîné ses amis Huckleberry Finn et Joe Harper eux-mêmes négligés par leurs parents à l’abordage de l’île Jackson au milieu du Mississipi.

« […] Pour amener un homme ou un enfant à désirer une chose, il n’y a qu’à lui rendre cette chose difficile à atteindre. » 

Les garnements ont fait main basse sur des vivres, du jambon, du lard, du tabac et une barcasse qu’ils négligent d’attacher solidement et qui part à la dérive sur le fleuve. Les citadins tentent de leur porter secours mais les croient noyés. Une nuit Tom se fraye un chemin en catimini jusque chez Tante Polly. Comprend le chagrin que tous les 3 procurent à leur entourage. Mais de retour sur l’île il remotive ses copains, las, à rester jouer aux pirates et aux indiens.

Si Tom convainc ses amis de le suivre, c’est Huckleberry qui en est leur mentor. C’est un gamin des rues, livrés à lui-même par un père ivrogne :

« Il allait et venait entièrement à sa guise. L’été il dormait à la belle étoile, et l’hiver il passait ses nuits dans un tonneau ; point n’était pour lui question d’école ni d’église, de maître ni de professeur ; il allait à la pêche quand il voulait, prenait un bain dans la rivière quand cela lui chantait, se couchait à l’heure qui lui plaisait, était toujours le premier à marcher pieds nus au printemps et le dernier à mettre des chaussures à l’approche de la saison froide, ne se lavait jamais, ne changeait jamais de linge, et jurait comme un Templier. En un mot il jouissait de tout ce qui rend la vie digne d’être vécue […] ».

Les premiers jours, tout à leur joie, ils coulent des heures heureuses, fraternelles, sans contraintes. Une vie buissonnière de boyscouts : jeux, barbotage, pêche, dînette, sieste quand bon leur semble. Puis la lassitude s’installe. La famille leur manque malgré tout. Un orage ravage le campement et vient à bout de la robinsonnade. Penauds, lessivés, ils réapparaissent en pleine cérémonie d’enterrement. Tout est pardonné ? …

En parlant de garnement, j’en ai trouvé la trace d’un autre dans un joli petit livre relié – milieu 19ème siècle - de Jean Grange intitulé « Le robinson d’eau douce ». Malheureusement je n’ai pas d’illustration à poster. La couverture cartonnée est d’une rare banalité mouchetée.

Le roman s’ouvre sur un plaidoyer pour le livre « d’agrément », facile à lire à la différence des livres éducatifs indigestes qui d’ailleurs ne se feraient pas recette en librairie. Le sien en tout cas, affirme-t-il, brille par son point de vue moral. De quoi s’agit-il ?

Georges Puyjoubert est perçu comme un casse-cou par sa mère qui le couve un peu trop. Au moindre écart, à la moindre bêtise, si petite soit-elle, il est réprimandé et sévèrement puni. Claquemuré au château familial il envie de loin la belle liberté d’Antoine, le fils du jardinier. Enfermé dans la bibliothèque il trompe l’ennui en lisant des récits de voyage, des livres d’aventure qui stimulent son imagination.

Mais à la moindre occasion il se met en danger en faussant compagnie aux domestiques pour une brève partie de pêche, en grimpant sur des échafaudages bringuebalants, en bravant les interdits à tel point qu’il confirme sa réputation de gamin turbulent. Exclu de son internat pour indiscipline, il est finalement envoyé au fin fond d’une province perdue sous la férule d’un précepteur à l’attention duquel il échappe pour décompresser sur un îlot au milieu de la rivière proche.

Il s’enfuie donc, une hotte chargée d’outils sur le dos, afin de fouiller un tumulus qui recèlerait la dépouille d’un chef gaulois. Il traverse la rivière à gué avant que le moulin en amont ne lève son écluse pour lâcher l’eau qui fait tourner sa roue. Il se cache au milieu des fourrés pour échapper à la battue qui suit sa disparition. Monte une cabane. Grignote ses provisions de bouche. Explore l’îlet. Fouille. Découvre des traces de pas et se demande à quel Vendredi elles peuvent bien appartenir.

Mais ce qui devait arriver arriva. Une nuit d’orage effrayante, la rivière gonfle et il se trouve piégé, dans l’incapacité de rentrer sans risquer sa vie. Au petit matin il confectionne un fanion avec son mouchoir pour signaler sa position. Lorsque les secours parviennent enfin de la bastide, les eaux sont toujours trop mouvementées et un cavalier risque et perd sa monture pour le sauver.

Appel de l’aventure, fugue, transgression des interdits, bêtises, mensonges sont monnaie courante dans ces robinsonnades d’eau douce. Avec « Le secret (ou le mystère) de l’île verte » d’Enid Blyton on aborde le sujet du refuge face aux adultes malveillants.

Les enfants Arnaud dont les parents sont portés disparus au cours d’un vol d’essai au-dessus de l’océan Pacifique se révoltent contre leurs hôtes. Ils estiment injuste qu’on leur demande désormais de contribuer au travail domestique et agricole de la ferme en contrepartie de leur hébergement faute de pension. Pourtant leur meilleur ami Jean, un jeune campagnard, n’est guère mieux loti à la ferme de son grand-père. Mais les brimades, la brutalité ressenties – les calottes & taloches fusent tout de même - encouragent Guy, Nicole et Evelyne à visiter en loucedé l’île sur laquelle Jean les invite à partager son hospitalité.

Jean est un gamin du cru, plein de « bon sens », débrouillard. Qui maraude. Qui braconne, connaît les coins pour cueillir les mûres, les noisettes, les champignons, etc…A ses côtés la vie semble simple et amusante. Une vie au grand air, masquée derrière un rideau de végétation généreuse.

Les enfants Arnaud font leurs paquetages en douce, empruntent à leur marâtre des provisions de bouche et quelques ustensiles. Jean exfiltre ses volailles et sa vache en cachette. Et les voici prêt à affronter la vie sauvage ! Commencent alors les petits travaux : fabriquer une cabane, se confectionner des couchettes de bruyère et de fougère, préparer la dînette, faire la vaisselle, la sieste, dormir à la belle étoile, se baigner, raccommoder le linge, etc…

« On est bien ici ! ». « Mon rêve […] serait de passer toute ma vie sur cette île déserte sans jamais grandir ! » dit Nicole.

Mais il faut effacer ses traces, se cacher des pique-niqueurs occasionnels qui salissent la plage, éviter d’être repérés des battues policières. Un vrai jeu de cache-cache qui dure jusqu’à l’automne, période à laquelle il faut faire des provisions pour l’hiver. Jean propose de vendre leurs cueillettes de fruits rouges et de champignons sauvages dans de petits paniers d’osier sur le marché. Mais il est surpris par un garde champêtre et s’enfuit à toutes jambes.

A Noël il ressort pour faire des cadeaux aux enfants Arnaud. Il découvre à l’occasion le retour de leurs parents... « Vous avez joué aux Robinsons avec beaucoup d’ingéniosité et de sagesse, mais il est temps désormais de reprendre la vie de famille ».Tout est bien qui finit bien.

Si l’île devient un refuge. Un monde miniature. Un monde à hauteur d’enfant. C’est aussi parce qu’elle offre tout un espace d’aventure. Un espace de construction ou de re-construction. Un cocon. C’est aussi un monde qu’on peuple à sa façon, selon son imagination. C’est le cas de « L’îlot de l’étang ».

Ce court récit relate les vacances solitaires d’un garçon imaginatif, inventif, réfugié dans son grenier – encore et toujours ! – qui recèle tout un bric-à-brac à recycler. Et très vite, 2 barils comme flotteurs, une caisse à savon et 2 longues planches sont reconditionnés et cloutés pour fabriquer un canoé destiné à rejoindre l’îlot de l’étang qui s’étend au pied de la maison.

De sa longue vue il explore son nouveau domaine comme un capitaine du haut de sa dunette. Se construit une cabane dans la ramure d’un châtaigner. Recycle des cordages pour ployer les arbrisseaux et les transformer en catapultes pour protéger l’île des attaques de sauvages. Etc…

C’est toute une histoire que Jean-Louis dit l’écureuil s’invente pour tromper sa solitude et l’ennui en compagnie d’un chien errant délivré des mâchoires d’un piège et enrôlé comme « Vendredi ». Lorsque l’été touche à sa fin, il est temps de plier bagages et de reprendre le chemin de l’école…

Autres vacances : celles de Pâques, avec « Les naufragés du Porc-épic » de Line Debenne, un court récit – style « J’aime lire » ou « Je bouquine » - paru en 1951.

Jacques, Jean-Paul et Nicole Bérard rejoignent en Normandie leur oncle Lesueur, un marin à la retraite, un misanthrope qui n’a que faire de cette marmaille qu’il confie à son majordome. Ils échappent à sa surveillance – ça devient une habitude !! – et se laissent glisser joyeusement sur la Seine à bord d’une barque baptisée Porc-épic. Ils atteignent un îlot pour s’y promener mais au retour de la balade, la barque mal attachée a disparu.

Ils découvrent un cabanon où passer la nuit à l’abri. Malheureusement il est occupé par un homme hirsute, irascible et son chien qui les séquestre toute la nuit. Les enfants sont inquiets jusqu’à l’apparition de François, un adolescent qui calme le jeu. Il s’avère qu’Adrien est un jeune sourd-muet qui se cache des services sociaux qui veulent le placer en institution contre son gré et qui a eu peur d’être dénoncé par les enfants.

L’oncle tout au bonheur de retrouver nièce et neveux se radoucit et adopte finalement Adrien qui s’avère être un talentueux sculpteur plein d’avenir. Au suivant !

Dans la version « Les aventures de Robinson bébé » - un album jeunesse aux illustrations cartoonesques - notre bambin à quatre pattes échappe encore et toujours à l’attention de ses parents.

Notre fugueur ne suit que le bout de son nez, chasse les insectes, crapahute, s’éloigne de la chaumière et tombe à l’eau. Heureusement dans le seau qui sert à la lessive ! C’est un chien errant aux allures de cocker qui le sauve des périls de la rivière, de la noyade et prend désormais soin de lui.

Au cours de l’escapade ils tentent astucieusement de chiper des œufs mais se fait gourmander par mère poule. La rencontre avec l’un des poussins tourne à l’amitié et lorsque Robinson bébé et son acolyte surprennent un chat sauvage à l’appétit aiguisé, ils lui tombent sur le râble avant même que le mistigri fasse mine de le croquer. Sous le coup de l’émotion mère poule adopte Robinson bébé et toute cette belle phratrie recomposée s’endort désormais sous l’aile protectrice de maman poule.

Changement de registre. Les Robinsons suivant sont des robinsons du Déluge. A commencer par « Les Robinsons sur le toit » de Georges Delass. C’est une bande dessinée parue dans le journal Guignol dont les évènements se déroulent au Canada. Suite à une inondation, une famille d’épicier se trouve isolée et contrainte de se réfugier et camper chichement sur le toit transformé en terrasse pour éviter la crue. L’érosion du courant rend la position insulaire de plus en plus précaire. Les occupants sauvent le contenu de la cave (cale) et fabriquent un radeau qu’une vague disloque. Plus tard c’est un berceau et son bébé endormi qu’ils arrachent aux flots. La suite du récit raconte comment l’enfant en est arrivé là.

Les premiers strips (me) rappellent bien modestement les quelques toiles qu’Alfred Sisley peignit à l’occasion de l’inondation à Port Marly. J’ai également en mémoire 2 illustrations plus récentes : celle de « La prophétie des grenouilles » un film d’animation de Jacques Rémy Gierd. (Tom et ses parents adoptifs dérivent 40 jour à bord de leur maison dont on voit à chaque étage, des trompes d’éléphants, des cous de girafe, des mufles de vache et en terrasse toute une ménagerie qui cohabite) et celle de « Encore heureux qu’il ait fait beau » de Florence Thinard (La bibliothèque Jacques Prévert dérive 28 jours. A son bord une classe de 6ème – encore ! – son directeur, un professeur et une femme de ménage).

Pour ce qui concerne « Les robinsons de la Garonne » c’est disons une aventure policière à l’humour potache qui met en scène 2 scouts, Marcel et Richard, venus portés secours aux sinistrés des inondations entre Tarn et Garonne, dans un triangle entre Moissac, Castelsarrasin et St Nicolas.

On découvre nos 2 fiers-à-bras en grand danger de chavirer sur le fleuve tumultueux, juste au moment où ils échouent sur un îlot qui surnage. « Île ou continent ? » s’amusent-ils. La maisonnette dans laquelle ils se réfugient appartient à une amie proche. C’est une véritable caverne d’Ali-Baba qui recèle tout un butin de meubles et d’objets entassés. Il s’agit du fruit de cambriolages. Nos deux farauds se mettent en tête d’appréhender les malfrats. Attendent leur retour. Les espionnent depuis le grenier où ils se sont retranchés. Découvrent qu’ils possèdent l’énigme du trésor des Templiers. Tentent de les alpaguer.

Commence alors un chassé-croisé entre gendarmes, tirailleurs africains et d’extrême orient, cambrioleurs, antiquaire–receleur et boy scouts jusqu’à l’arrestation de la bande au grand complet, la résolution de l’énigme et la découverte du fameux trésor sur…l’île de leur meilleure amie. Tout est bien qui finit bien : notaire, fiançailles et tout le tralala.

Gilbert d’Alem utilise un jargon fleuri qui s’appuie sur l’utilisation de l’argot et la transcription des accents. Il fait également référence tout au long du roman à une pléiade d’auteurs classiques : Verne, Kipling, Cooper, Pagnol, Leblanc, Conan Doyle, La Fontaine, Dumas, Hugo, Rabelais, etc. C’est potache mais ça ne passerait plus aujourd’hui.

J’ai relu « Le Robinson de la rivière » d’André Dhôtel dans une collection de contes. Et c’est bien l’articulation du récit finalement. Je n’avais pas percuté la première fois par ce que c’est assez mal fait. Désolé Dédé !

Nous sommes à Bermont dans les Vosges. Grégoire qui faisait la fierté de ses parents pour la précocité de son langage finit par faire le vide autour de lui avec ses bavardages incessants. Même soucis pour les parents d’Angèle qui pensent neutraliser leurs enfants en les mettant face à face. C’est pire encore et on leur interdit de se fréquenter pour couper cette cacophonie.

L’hiver passe, Grégoire continue de prendre le chemin de la ferme des Parat à bicyclette dans l’espoir d’entrevoir celle qu’il aime en secret jusqu’au jour où une inondation l’empêche d’approcher. Il découvre un radeau caché dans la futaie et tente d’aller voir de plus prêt mais il est emporté par les flots.

Au cours de sa dérive il croisera un braconnier, un vieux berger taiseux, un vagabond sourd-muet et un perroquet qui n’a en bouche qu’un impératif « Silence ! ». Tous remettent en question les représentations qu’il a de la communication. A terme il échoue sur une gravière. Y survit quelques jours. Epuisé. Délirant. Jusqu’à ce que des barils de nourritures et des boîtes de biscuits lui parviennent au gré du courant.

C’est Angèle qui débarque à sa rescousse. Elle a pris son courage à 2 mains. Fait confiance à son instinct car les sauveteurs ne l’écoutaient pas. Heureux de se retrouver ils retombent dans leurs pipeletages sous les huées du perroquet avant de se manger des yeux et adopter une parole mesurée.

Pour finir ou presque, un petit roman populaire. Le tome 3 intitulé « Les robinsons de l’Amazone » de la série « Le tour du monde en automobile » d’Henry de Graffigny. Avant même la traversée du Sahara et les croisières noire et jaune organisées par André Citroën, l’auteur imagine une course en solitaire autour du monde organisée par l’automobile club avec au volant le comte de Chavail et son copilote Lucien de Cordouan.

Dans cet épisode, l’équipage vient de traverser l’Alaska, les Etats-Unis, le canal de Panama et s’apprête à tracer à travers l’Amérique du Sud : Colombie, Brésil. Ce qu’ils ignorent c’est qu’ils sont poursuivis par de redoutables adversaires – le baron Le Rosay et son âme damnée Moirien – qui veulent leur mettre des bâtons dans les roues pour convoler avec la fiancée du comte, une riche héritière et faire main basse sur sa fortune.

De sabotage en embuscades la voiture tombe en panne au milieu de la forêt vierge. Moteur serré. Pour continuer l’aventure il faudrait trouver un atelier de mécanique générale. Qu’à cela ne tienne, ils embarquent le véhicule sur un radeau de fortune et descendent l’Amazone. Ils reçoivent le secours d’une tribu arboricole guaranis qui les aide à reficeler la jangada disloquée au passage de rapides en contrepartie du festin d’une chasse miraculeuse à grand coups de fusils dans la jungle. Arrivés à Manaos il trouve un atelier, désosse le moteur, alèsent les cylindres et reprennent leur course.

Enfin, le der des ders : « Les robinsons du Gange » de J.Fabien, tome 37 du cycle « Les petits chanteurs des rues » dont j’ai sauté allégrement les pages les unes après les autres tant c’est confus et inintéressant. Je me demande encore en quoi ce sont des robinsons…

 

Je m’aperçois au moment de « publier » que tout cela n’est qu’un bavardage, sans intention, sans plan, sans conclusion. Juste une dérive de récit en récit au fil de l’eau douce.

Justement, cette eau douce ce n’est pas le grand bain. L’aventure salée. Ce ne sont souvent que des jeux d’enfants : faire une cabane, un feu de camp, la dinette, pêcher à la ligne, faire la sieste, etc…

Or les limites seraient vites atteintes sans l’expertise d’acolytes roués à la vie au grand air : Gatzo, Lili, Huckel, Antoine, Jean. Ce ne sont pas des seconds couteaux, ni des Vendredi mais les dignes héritiers d’O’ready et Flip, ces matelots multifonctions qui veillent sur les familles naufragées et résolvent tous les problèmes. Ils n’ont pas de mérite, c’est leur quotidien. Ce ne sont pas des Robinsons malgré eux. Leur valeur est parfois récompensée par l’adoption des familles reconnaissantes : Gatzo, Jean, Adrien.

Ces robinsonnade enfantines valent bien celles des grands. Mais lorsque l’orage gronde l’avertissement est vite compris. On replie les gaules et on rentre à la maison alors même que Crusoé s’entêta, lui, à fuir ses parents malgré un premier naufrage et son enlèvement par les barbaresques…

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