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Le Robinson de la rivière est un récit court d’une 60aine de pages pour les 7/10 ans, peut-être. Il s’agit d’une collection prestigieuse qui devait faire la fierté de sa directrice puisqu’on y retrouve des signatures célèbres telles que Pearl Buck, Maurice Genevoix, Françoise Mallet-Joris, Bernard Clavel, Henri Bosco…

 

Sans présumer du reste de la collection, ce Robinson est bien moins un conte qu’une histoire morale. Le conte se caractérise par une structure, un développement, des personnages très codifiés. L’auteur le pressent bien, il réunit les ingrédients mais la mayonnaise ne prend pas !

Grégoire Barrier est un bavard invétéré. Il soule littéralement son entourage de ses commentaires incessants. Un ami de la famille qui rencontre le même problème avec sa fille imagine de les réunir en espérant qu’ils se neutraliseront finalement l’un l’autre et qu’ils finiront bien par prendre conscience de leurs nuisances. Peine perdue ! Ils s’alimentent, au contraire. Au bout de quelques semaines les parents décident de les séparer.

Evidemment, comme chacun cherche sa chacune, Grégoire rôde autour de la propriété des Parat dans l’espoir de croiser la belle Angèle. Au mois de mars les intempéries provoquent une inondation qui isole la maison. Par jeu, Grégoire saute à bord d’un radeau, se taille une gaffe et part au fil de l’eau. En fait il dérive dangereusement.

Au court de son périple il croise un braconnier sur son canot pneumatique, un vieux berger sur sa pâture immergée et un vagabond sur le faîte d’un toit. Ils sont peu bavards ou sourd et muet. Ils quittent Grégoire pour aller chercher des secours. Grégoire ne comprend pas le danger et continue innocemment sa croisière en pestant contre ses interlocuteurs qui ne lui expliquent rien. Evidemment, il parle, il parle mais peut être n’écoute-t-il pas !

On l’a compris, c’est là le nœud du problème, Grégoire parle pour ne rien dire. Et tout le développement du conte serait d’y apporter une solution, en quelque sorte, au travers de rencontres, d’épreuves, d’objets transitionnels…Or si les ingrédients sont bien là : un braconnier, un berger, un vagabond, personnages récurrents des contes, hé bien là il ne se passe rien. Les personnages sont passifs. Ils ne font que se croiser. Et la dérive du radeau n’est pas à proprement parler une épreuve puisqu’elle n’apporte rien au héro, en tout cas rien qui dans le futur lui permette de solutionner son problème de diarrhée verbale.

Abandonné sur une gravière par le vagabond, Grégoire passe 4 ou 5 jours de privations, le sommeil habité de rêves d’oiseaux et de nourriture. Puis un matin le courant charrie jusque sur l’îlot des boîtes de biscuits, des barils d’anchois, de choucroute, de quoi tenir….Et sur une table qui flotte un perroquet ! Enfin un interlocuteur ? Non, il ne sait dire qu’une chose : « silence ! ».

On passe peut-être encore un peu à côté de la fonction du rêve. Il ressemble à une prière vite exaucée et non pas à un univers dans lequel se jouerait la résolution du problème. Le perroquet – oiseau bavard – vient rythmer le discours.

Le final est sans surprise. Le hasard a porté la barque d’Angèle jusqu’à la gravière. Elle est à bout de force. Personne ne l’écoutait pour mener les recherches. Alors elle est partie seule. C’est le syndrome de Pierre et le loup. On n’écoute plus quelqu’un qui parle à tort et à travers. Belle leçon de communication !

Le perroquet arbitre leurs retrouvailles. Plus possible de se répandre puisqu’il intime des « Silence ! » vindicatifs et sans répliques. Ils se regardent simplement yeux dans les yeux. L’émotion se passe de long discours.

La morale ? « Depuis lors ils ont toujours crainte d’en dire trop long, et ils aiment se taire pour contempler autour d’eux le monde dont ils demeurent les enfants étonnés ».

Le Robinson de la rivière
Texte André Dhôtel – illustrations Colette Fovel
Collection Plaisir des contes – Casterman – 1964



André Dhôtel (1900-1991)
Ecrivain ardennais, marqué par un « pays », Arthur Rimbaud auquel il consacre deux essais en 1933 puis 1952. Professeur de philosophie, il publie une cinquantaine de romans dont « Le pays où l’on arrive jamais » qui reçut le prix Femina en 1955. Il se rattache à la tradition des romantiques allemands. Regret du passé, nostalgie d’un ailleurs où la vie serait conforme aux rêves d’enfance, communion avec la nature sont chez lui des thèmes récurrents. Mais là où les romantiques ont volontiers une vision tragique de l’univers, Dhôtel peint le monde aux couleurs du bonheur.

Tag(s) : #BIBLIOGRAPHIE

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