Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog


David Robinson est accompagné de sa femme et de ses enfants à bord du navire qui doit le conduire dans une colonie penitencière. Mais après deux nuits en mer, une violente tempête balaye le bateau, et la famille Robinson atterrit sur une île tropicale déserte, à l'exception de Jacob, leur plus jeune fils, qui est élevé par des pirates. La vie s'installe petit à petit, et les Robinson sont heureux dans cet Eden.

« Seuls au bout du monde » est un avatar des « Robinsons Suisses » ou plus précisément des « Robinsons des mers du sud », une adaptation cinématographique des studios Walt Disney. Visionner les deux films permet de pointer les références et les contre pieds flagrants entre les deux versions mais aussi de débusquer les trahisons au roman original de Rudolph Wyss.

 

Première contradiction : le motif de la traversée. Chez Walt Disney les Robinsons fuient l’impérialisme bonapartiste pour s’installer en Nouvelle Guinée. Chez Charles Beeson, le révérend Robinson est conduit vers une colonie pénitentiaire sous prétexte d’avoir pactisé avec Napoléon.

 

Chez Walt Disney, l’épisode du naufrage qui épargne les Robinson solidifie plus que jamais le socle de l’unité familiale. Au contraire, chez Charles Beeson, c’est le mobile d’un éclatement du noyau familial qui laissera des séquelles. Jacob, le fils cadet, trouve refuge à bord d’une chaloupe avec d’autres rescapés. Il deviendra malgré lui le second du capitaine Blunt, un transfuge de la Royale qui se découvre une âme de pirate. Cela donne lieu à quelques scènes d’une dérive bien précaire de marins et passagers en état de choc.

 

Dès lors tout change sur le regard porté sur les solidarités et les conflits d’intérêt. Chez Walt Disney l’autorité paternelle est franche et forte. Question de morale sûrement ! Le père rassure, rassemble, impulse sans jamais être autoritaire. Il est d’ »autant plus confiant et indulgent que ses aînés Fritz te Ernst sont d’une étonnante maturité. Le cadet fait aussi preuve d’à propos malgré ses mises en danger. C’est le petit pitre qui pimente l’aventure de ses fantaisies d’enfant. Finalement tout tourne autour de la mère. On calme ses angoisses. On exhausse ses moindres désirs. On lui offre un confort domestique bourgeois, coquet, astucieux. Elle a même l’eau courante ce qui n’est pas le cas dans beaucoup de capitales européennes, c’est dire !

 

Chez Charles Beeson par contre, le leadership paternel est vite disputé. La famille est fracturée par al disparition d’un des leurs. La mère notamment est sous le choc. Le choix de démanteler l’épave pour s’installer durablement est mal vécu. C’est le signe d’une résignation insupportable. Fritz résiste à cet immobilisme. Son seul objectif : partir !

 

La contestation explose  avec l’apparition de Mamatiti, le Vendredi de service. Petit rappel : il n’y a pas de « sauvage » chez Rudolph Wyss. Robinson lui témoigne une violente antipathie tandis que Fritz voit en lui le sauveur. Il fugue à son bord pour rejoindre…un village ? Un comptoir ? Une colonie ? C’est là que le scénario s’emmêle un peu les pinceaux. On s’achemine un peu vite vers la fin ! Résultat : retour au camp de base en plein drame. Madame Robinson est sur le point de succomber à une morsure venimeuse. Fritz profite de l’impuissance de son père pour imposer les talents de guérisseur de Mamatiti : « Il sait comment vivre ici, si quelqu’un peut nous aider, c’est lui ! ». Ipso facto la mère guérit. Le mea culpa de Robinson ne tarde pas à venir. Il est digne des plus grands tragédiens :

 

« J’ai cru qu’ici j’allais pouvoir nous fabriquer une vie. J’ai pensé que j’allais pouvoir apprendre à mes enfants à se débrouiller seul, à considérer cette nouvelle vie comme une véritable chance mais j’ai oublié que le maître aussi doit ouvrir son esprit et son cœur pour apprendre. » Fin de la parenthèse, retour aux péripéties quotidiennes.

 

Les pirates ! Il n’y a pas l moindre trace de pirates chez Rudolph Wyss. Mais sans pirates les deux films seraient aussi fades que leur modèle. En effet, Jean Carrière dans sa préface du « Nouveau Robinson suisse », une version « revue, corrigée et mise au courant de la science » explore l’ambiguïté d’une passion littéraire, d’un côté une lecture d’enfance qui nous laisse sous son charme puéril, de l’autre une critique adulte qui ne voit qu’un navet mal fagoté, sans relief, une resucée bourrée de clichés et de bondieuseries.

 

Quoiqu’il en soit, robinsonnades, pirateries et autres aventures maritimes se confondent en littérature jeunesse. Mine de rien Ben Gunn dans « L’île au trésor » de Robert Louis Stevenson est l’un des plus célèbre Robinson. C’est un second rôle qui s’efface derrière la figure emblématique de Flint. Robert Ballentyne dans « Le récif de corail » met lui aussi en scène des pirates et de jeunes Robinson.

 

Pour ce qui nous concerne la confusion des thèmes est plus ou moins grande. Dans « Les Robinsons des mers du sud » les aventures se juxtaposent tout bonnement. Dans « Seul au bout du monde » par contre les évènements s’entrelacent plus intimement. Les pirates sont des transfuges de la Royale, des rescapés de l’équipage qui conduisait les Robinson à destination. Parmi eux, Jacob, un fils Robinson recueilli dans une chaloupe au cours du naufrage. Toutes les conditions sont réunies pour des retrouvailles épiques et émouvantes.

 

Autre circonstance inédite chez Wyss mais traitée de façon très identique dans les deux films, c’est l’intrusion d’une jeune naufragée, une jolie adolescente qui réveille la libido des fils Robinson.

 

Déjà dans le « Nouveau Robinson suisse », la réinterprétation de P.J Stahl et E. Muller, l’apparition de Miss Jenny clôturait le récit à quelques pages prêt et déjà elle ménageait quelques troubles autour de l’adoption (1) et des premiers émois (2) :

 

(1)       « L’union était complète entre elle (Madame Robinson) et la jeune fille, qui lui demanda un jour en tremblant, tant elle attachait d’importance à sa question, à l’appeler : « Sa mère ! ». »

(2)       « Chacun des garçons faisait de son mieux pour charmer la jeune miss. Elle dut visiter chaque partie de la grotte. C’était à qui émerveillerait le plus la jeune fille. »

 

les deux adaptations cinématographiques traitent le sujet de façon sensiblement identique, en deux temps. D’abord les garçons font le bilan de leur séjour sur l’île et se projettent dans l’avenir. A mots couverts il s’agit d’abord de sexualité : reluquer les jolies filles de leur âge qui se promènent sur les avenues, se marier et fonder une famille mais aussi de culture : faire le plein de livres et de musique, entrer à la faculté.

 

Dans une seconde étape apparaissent Roberta déguisée en mousse ou Emilie, une fille d’officier de marine otage des pirates. L’une et l’autre créent malgré elles un malaise passionnel où chacun des frères, tour à tour, paradent, souffrent, se défient, se querellent avec une maladresse émouvante de puceaux sous les yeux attendris de leur mère qui , elle, adopte l’adolescente !

 

La fin de l’aventure est téléphonée. Les pirates font relâche sur l’île, découvrent le campement des Robinson et les assiègent dans une retraite piégée. Les Robinsons soutiennent l’assaut jusqu’à l’arrivée inopinée d’un vaisseau de guerre en renfort.

 

Les ultimes heures sur l’île renvoient chacun à sa conscience : partir ou rester, c’est le choix cornélien. Nombreux sont les Robinson à décliner l’offre de retour. D’autres regretteront amèrement leur réinsertion. Beaucoup ont eu le temps de mûrir et d’envisager un nouveau sens à leur existence. C’est ainsi que la famille se sépare. Mais se sépare-t-elle vraiment ? Il n’y a guère de succès sans suite et ça n’est pas d’aujourd’hui. Il en existe deux voir trois semble-t-il. Personnellement j’en connais deux : « Seconde patrie » de Jules Verne, « Journal d’un père de famille – naufragé dans une île déserte avec ses enfants » par Madame de Montolieu.

 

Seuls au monde

Charles Beeson - 2001

Avec Liam Cunningham, Brana bajic, jesse Spencer...

Tag(s) : #CINEMA

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :