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Chacun aspire au bonheur…ici et maintenant. Les grands navigateurs de la Renaissance ont trouvé les clés du Paradis des mers du sud. Et aujourd’hui encore les agences de tourisme perpétuent le mythe et continuent de vendre du rêve sur papier glacé.

La Polynésie est une kyrielle d’îles éblouissantes dont certaines – désertes ou désertées - seraient vierges comme aux premiers jours de la création. La nature y serait généreuse, la vie simple et l’érotisme à fleur de peau.

Evidemment les missionnaires sont passés par là, et puis l’avion, le nucléaire – malheureusement - et la télévision. Mais c’est le propre du mythe que d’affirmer une certaine permanence et d’initier de nouveaux adeptes.

Alors, qui donc accoste sur ces rivages de rêve ? Des plaisanciers, des vagabonds des mers du sud qui butinent d’île en île ? Des plongeurs, des fondus d’exploration sous marine, émerveillés des beautés de l’Aquarium du bon Dieu ? Des associables, des fugitifs en rupture de la société de consommation et de la civilisation matérielle ? Des aventuriers mi romantiques mi des chevaliers d’industrie ? C’est ce qu’on va essayer de décrypter au travers de 5 portraits.


A commencer par Tom Neale, le « Robinson des mers du sud », un véritable forçat de la solitude ! Par quels cheminements tortueux déserte-t-on ainsi l’humanité et se cloitre-t-on sur une île perdue au milieu de l’océan ? Où puise-t-on cette obstination énigmatique à vivre ainsi reclus, à se lancer le défi de travaux titanesques : gratter les quelques centimètres de terre arable pour aménager un jardin, s’esquinter la santé à reconstruire une jetée balayée par la première tempête venue…Je pensais qu’il n’y avait que le Cruso de Coetzee pour s’infliger de telles absurdités !

Cruso s’entête à réaliser des terrasses qui restent incultes. Foe tout juste naufragée s’étonne :

« Avez-vous le projet de défricher toutes l’île et de la transformer en terrasses ? demandai-je.

Il faudrait bien plus d’un homme et bien plus d’une vie pour défricher toute l’île, répondit-il  je vis à cela qu’il choisissait de ne comprendre que la lettre de ma question).

Et que planterez-vous quand vous planterez ? demandai-je

Ce n’est pas à nous de planter dit-il. Nous n’avons rien à planter – là est notre infortune. Et il me jeta un regard  si plein de dignité triste que j’aurai voulu me mordre la langue. La tâche de planter reviendra à ceux qui viendront après nous et qui auront la prévoyance d’apporter des graines. Je ne fais que défricher pour eux. Défricher le sol, empiler des pierres, c’est peu de chose, mais cela vaut mieux que de rester oisif. »

L’hyperactivité est bien le syndrome des Robinson. Survivre est une activité à plein temps, prenante, éreintante, contraignante. La robinsonnade exalte le travail. En tout cas c’est sous cet angle que les analystes économiques perçoivent le Robinson Crusoé de Defoe. Robinson, c’est le degré zéro de l’économie capitaliste.

Tom Neale brouille les pistes. Le récit circonstancié de son quotidien masque mal l’ambiguïté du personnage. Bernard Moitessier salue l’homme qu’il croisa à plusieurs reprises. Mais qu’en sait-on vraiment ? Quelles blessures de l’existence l’ont-elles résolues à vivre caché. Quelles fautes espère-t-il expier en relevant ses défis ? Quel bénéfice espère-t-il de ces années d’exil ? Au moins l’ermite s’abîme-t-il dans la vie contemplative pour s’élever vers dieu.

Après tant d’abandon et de résistance face aux éléments et aux aléas, ce sont quelques plongeurs turbulents qui le chassent du Paradis. L’enfer c’est les autres dit-on :

« J’aurais pu m’attarder sur l’île pendant quelques années encore mais, peu après le départ des Vessey, un groupe de onze plongeurs de perles arriva à souvarof et, franchement, transforma mon paradis en enfer. C’étaient des indigènes insouciants de Manihiki, et je ne les détestais pas. Mais leur désordre, le bruit qu’ils faisaient et la promiscuité suffirent à dissiper mes doutes et couper court à toute hésitation. »

Claude Chabbert, « Deux ans sur un atoll », n’est guère plus disert sur ses motivations. Drôle de popaa qui trime comme les indigènes sur les cocoteraies ! On pénètre avec lui au cœur de la vie quotidienne des polynésiens. Il pose sur eux un regard lucide et nous confie ses impressions, ses états d’âme, ses joies et ses peines comme on dit, son ennui aussi, sa solitude, ses colères, ses déceptions.

Il partage sa solitude avec quelques polynésiens. Il n’agit pas en misanthrope, au contraire, il est assez enclin aux rencontres, on lui reconnaît même ampathie et humanité. Au détour du récit Claude Chabbert nous fait cette confidence sur son exil :

« J’aime ma vie de Robinson mais je ne puis empêcher mon esprit de s’évader hors de l’atoll, hors des Tuamotu dont les nombreuses îles m’assiègent comme si j’étais enfermé dans une forteresse inexpugnable. Comme c’est loin de tout ! Et je songe, moi qui suis assis sur cette grève déserte, face au lagon désert, au centre d’un océan immense, qu’il existe ailleurs des terres normalement habitées, des pays où circulent des voitures, des trains, des avions. Des villes somptueuses avec des bibliothèques, des musées, des universités, des cathédrales, de la musique, des théâtres, des femmes…

Et pourtant, quand je n’avais qu’à étendre la main pour jouir de ces choses, étais-je plus heureux ? Si j’ai franchi la barrière, n’est-ce pas que tout cela me laissait insatisfait ? J’ai voulu fuir, aller au bout du monde en un lieu où les hommes vivent humainement, d’une manière simple, primitive, si différente de notre existence trépidante et compliquée. Au bout du monde ? J’y suis maintenant. Je vis au milieu de la nature, en harmonie avec elle, en lutte parfois contre certaines de ses manifestations que je lui pardonne volontiers. Je mène une vie de travail dans une parfaite liberté. Nulle barrière, nulle contrainte. De quoi me plaindrais-je ? Je ne puis tout avoir à la fois mais seulement l’un ou l’autre. J’ai choisi de plein gré une forme de vie longtemps désirée. Donc point de regrets superflus. Respirons avec joie l’apaisement de cette soirée polynésienne. Ecoutons la chanson du lagon et de la mer. Sous les étoiles d’or savourons la joie de vivre, de vivre seulement, pleinement, avec surabondance dans une parfaite communion avec la beauté, reflet du divin, cette beauté qui ne déçoit jamais celui qui la comprend et qui l’aime. »

Finalement, on reste un peu sur notre faim. Le refus de la société n’est qu’un paravent qui cache peut être une rupture sentimentale. Il y a quelque chose de l’ordre du vague dans cette expatriation.

Jean Claude Brouillet et son « île aux perles noires » est une toute autre pointure. La lecture laisse perplexe d’abord. Et pourtant…on est bien dans le sujet !

Brouillet est un homme d’affaire. Son paradis, il se l’approprie et le modèle à son image comme on gère une entreprise. C’est toute la contradiction qui existe entre l’image de l’île refuge face à la civilisation matérielle et la robinsonnade qui n’est après tout qu’un remake de l’évolution : survie, accumulation, acculturation, colonisation…

L’île de Marutea sur laquelle il jette son dévolu est bien vite balafrée d’une piste d’atterrissage. Les paillotes y poussent comme des champignons. Et la vie s’y active autour de la ferme perlière et de la cocoteraie. C’est aussi une grande aventure commerciale : porte à porte des joailliers pour promouvoir la perle noire, soucis bancaires, destruction des installations aux passages de cyclones et démêlés avec le Père Victor, un missionnaire particulièrement véhément contre les exploiteurs blancs.

Jean Claude Brouillet gère ses fréquentations et son business avec subtilité, une pointe d’opportunisme et une pincée de manipulation. Il se comporte de façon paternaliste et s’arroge des vertus de Charles Fourier et de son phalanstère. C’est un mode de management ! Et puis entre nous, il n’a pas le choix :

« La psychologie du tahitien en l’occurrence est fort simple : si on l’ennuie, il s’en va du jour au lendemain. Il vous dit : Fiu ! (« J’en ai marre ! ») sans hausser le ton, et il vous tourne le dos. ».

D’un point de vue littéraire, Jean Claude Brouillet est tellement centré sur lui, sa-vie-son-œuvre qu’il nous englue littéralement dans de la gestion de projet. Rien de très poétique ! C’est à peine s’il s’en excuse :

« Je n’essayerai pas de décrire Moorea ; les enchantements se vivent, ils ne se racontent pas. »

« Il faudrait un livre pour raconter la suite heureuse des jours qui coulent là-bas. »

C’était l’occasion, non ! Derrière le masque du promoteur, de l’investisseur, du gérant on voit pourtant poindre le rebel. En cela il se rapproche un peu de Chabbert :

« C’est la genèse, miraculeusement préservée en cette fin de 20ème siècle. Impossible d’imaginer que, ailleurs, des gens s’entassent dans des rames de métro, foncent sur des autoroutes, se haïssent, font la guerre, fabriquent des armes. Impossible d’admettre que l’homme a gâché – par folie, par orgueil, par bêtise ? – l’Eden dont j’ai l’image sous les yeux…comment expliquer ? Il faudrait être poète, ou peintre ou musicien. »

On reste sceptique tout de même devant une telle envolée. Jean Claude Brouillet, l’homme d’affaire, crache un peu dans la soupe ; lui qui transforme petit à petit ce petit coin de Paradis en affaire juteuse. A y regarder de plus près c’est peut être plus subtil. Sa démarche s’inscrit dans une logique de développement local et répond à l’adage « vivre et travailler au pays ». Les îles s’étaient lentement dépeuplées. Un développement raisonné peut permettre aux populations de les reconquérir.

Et voilà qu’au terme du projet l’homme savoure enfin sa réalisation tel un démiurge :

« Le paradis est terminé ; les perles se vendent. Aucun nuage à l’horizon. Patriarche d’une famille à deux étages – mes enfants, les travailleurs – je puis enfin vivre à mon gré dans un décor choisi par moi, aménagé selon mes goûts. Serait-ce la béatitude complète, l’aboutissement de mes aspirations les plus anciennes, les plus secrètes ? »

La fin de l’histoire ? Jean Claude Brouillet son exploitation perlière pour se lancer d’autres défis. Un passionné, Jean Michel Ghoussoub a retrouvé sa trace en Californie :

« C'est un type formidable, épatant, et nous avons tout de suite sympathisé. Loin de ralentir, il est toujours à la poursuite de ses rêves.

S'il vit plus confortablement, il ne s'est pas encroûté pour autant. Quand il ne dévale pas les pentes de Mamoth Lake, il parcourt le monde entre son ranch au Paraguay, ses fermes de Jojoba en Arizona et ses amitiés en Polynésie et au Gabon. »

A la même période, à quelques encablures  de là mais toujours dans l’archipel des Tuamotu, un couple s’installe sur l’île d’Ahunui : Paul et Danièle Zumbiehl. Leurs aventures font l’objet d’un roman ou plutôt d’un carnet de bord intitulé « Un atoll et un rêve – un an sur une île déserte ».

D’entrée, l’auteur avoue sa passion pour Robinson. Il s’en réclame même :

« Au commencement il y avait Robinson, un livre, une illusion qui avait enchanté mon enfance te déterminé le choix de mon métier. Je serais médecin tropicaliste et j’irais dans les îles, toujours plus loin, parce que plus loi, c’est tellement plus beau… »

L’aventure commence sur les chapeaux de roues, elle ne mollira pas ! Les problèmes commencent à l’accostage. Pas facile de passer le récif de corail. La baleinière chavire. Paul est roulé sous la coque et manque d’y laisser la vie.

Le transbordement du matériel : cantines, cartons d’alimentation, tôles, panneaux de bois, compresseur …est particulièrement fastidieux et fatigant. Quelques jours plus tard, les plantes commencent à dépérir, la mécanique et les outils rouillent, certains aliments sont déjà avariés.

Le couple s’installe dans une masure équipée d’une citerne que Paul a déjà habité au cours de ces précédentes virées. Puis c’est l’épave d’un voilier qu’ils dépouillent. C’est une scène cocasse à la Defoë :

« - Et nous ? Ne sommes-nous pas aussi des naufragés ?

- C’est vrai. Il y a même l’épave. Maintenant allons-y, nous avons près de trois heures de marche. Nous reviendrons.

Là-bas, notre point de débarquement ressemble effectivement à un naufrage. Du haut en bas de la plage, des affaires disséminées, sans ordre. »

Plus loin :

« Ce bateau, c’est notre caverne d’Ali Baba ! Avec méthode nous avons entrepris de le vider de tout objet de valeur. […] A bord, nous oeuvrons comme des fourmis. Tout est visité, trié, évalué, soupesé et en général emporté. »

Rien n’est simple, le matériel fonctionne mal lorsqu’il n’est pas en panne, les connexions radio sont de mauvaises qualités. L’isolement est du coup plus oppressant. Et lorsqu’il ne s’agit pas du matériel, c’est la santé qui pose soucis : conjonctivite, tympan percé, dermatose, orteil fracturé, blessures…

Entre les contretemps, il y a heureusement quelques rares bons moments : plongées et pêche sous-marine, pêche à la langouste et aux crabes de cocotiers, ponte de tortues de mer, pêche à la pieuvre, au requin-citron…

Mais le pire reste à venir. 1983 est marqué par une succession de cyclones et de tempêtes qui balayent l’île et ses installations. Ce sont les mêmes intempéries que subit Jean Claude Brouillet. Le projet de ferme perlière de paul Zumbiehl est réduit à néant, l’île est ravagée, les arbres abîmés, les plages recouvertes de déchets pourrissants, le naissain enseveli sous plusieurs mètres de corail. Tout est à refaire à chaque fois. Mais sous ces latitudes on ne perd pas courage :

« Nous avons reconstruit tout notre décor, même en beaucoup mieux. Profitant des expériences précédentes, la tente s’étend encore plus vaste, plus spacieuse et plus pratique qu’avant. »

Le désespoir, la déprime finissent tout de même par les atteindre. Le sentiment d’isolement, d’éloignement, d’emprisonnement leur gâche l’existence désormais. Difficile de lutter ainsi contre la morosité :

«- […] Paul, j’ai envie de partir. Je veux quitter cet endroit. Je veux rentrer…

Soudain j’ai conscience des vagues qui explosent plus fort sur le récif. L’odeur du corail et des végétaux en décomposition m’oppresse. La plage est trop blanche, j’ai mal aux yeux. Le soleil devient une immense brûlure. Les cocotiers qui peuplaient mon enfance se transforment en barreaux. Et même le récif, ce monde enchanté se révèle tout à coup un obstacle et une menace.

L’île qui présentait le rêve et l’espoir émerge comme d’un brouillard, brutalement hostile et impitoyable. »

Etonnement, c’est au moment où ils lâchent prise qu’ils vivent enfin quelques instants idylliques. Fini le travail, la lutte déterminée mais désespérée pour survivre. Que du plaisir !


La lecture de « Piti-U-Taï – Mon île déserte du Pacifique » de Bernard Villaret est âpre comme un journal de bord où l’aventure se résume à des bulletins météo et les quelques évènements qui émaillent la vie quotidienne.

« J’ai donc tenté de fixer les impressions et les sentiments que m’inspire notre séjour dans l’île. Très vite, ce journal de bord est devenu aussi sec que celui d’un navire. »

A cela s’ajoute la sécheresse de l’écriture et des procédés descriptifs fastidieux tels qu’une leçon de manuel géographie ou une fastidieuse nomenclature de la faune et des fonds sous-marins. Etrange pour un romancier qui par ailleurs profite du séjour pour écrire un récit sur des évènements encore frais dans son esprit :

« Je profitais de mes souvenirs encore très frais sur les îles Gambier pour avancer mon roman dont j’avais déjà écrit une bonne moitié. »

On ne pourra pas dire qu’on n’était pas prévenu. Dans son introduction, l’éditeur peut être – il n’y a pas de mention – nous avertit :

« L’auteur qui, jusque-là, avait laissé son imagination vagabonder en écrivant des nouvelles et quelques romans, a voulu donner ici un témoignage direct et exact de l’expérience qu’il a entreprise ; sa genèse, les derniers préparatifs qui l’ont précédée, la vie même qu’il a mené avec sa compagne à Piti-ù-Taï. Le simple « journal de bord » sec et objectif qui sera souvent employé, côtoie plus aisément la vérité que de longues descriptions poétiques et bourrées de couleurs qui finissent par lasser, même dans un roman. En quelque sorte, ce récit dépouillé s’apparenterait davantage à un reportage sur les hauts fourneaux ou la vie des marmottes qu’aux descriptions bucoliques des « Iles de la nuit ». Entre ces deux formes littéraires, il y a la même différence qu’entre la vie rude dans la brousse et le Rêve, le Rêve de tropiques tièdes, veloutés et piquetés d’étoile qui peut vous visiter dans la froide Europe… »

Etonnant n’est-ce pas lorsqu’on se prétend romancier ? Bernard Villaret est finalement devant la même impuissance que Jean Claude Brouillet à décrire son environnement et à traduire ses émotions. Encore que celui-ci se justifie-t-il en garantissant une aventure bouillonnante. Ici par contre on est proche du remplissage, du délayage. Rien de très passionnant. La robinsonnade manque de consistance et d’intérêt. L’auteur le reconnaît une certaine routine :

« La parfaite monotonie de notre existence équilibrée – pêche, littérature, travaux manuels, préparation des repas, sommeil – n’était rompu que par de brèves incursions à terre que nous faisions le plus souvent ensemble. »

L’auteur se serait-il trompé de formule ? Un document illustré sur la plongée et les fonds sous-marins aurait sûrement mieux convenu.

Mais revenons aux origines de l’expédition. Le couple Villaret est tombé sous le charme des îles des mers du Sud, à commencer par Bora-Bora qu’ils visitent avant les grands remuements de la guerre du Pacifique. Leur projet de séjour à Piti-U-Taï n’est que partie remise et c’est en 1950 qu’ils mettent leur projet à exécution. Ils s’installent à quelques encablures de Bora-Bora avec l’aide des naturels avec lesquels ils entretiennent des liens de sympathies teintés de paternalisme. Comme Brouillet ils considèrent les polynésiens comme de grands enfants :

« Ceux-ci ont beaucoup plus de considération pour un Blanc, aussi habile qu’eux à arracher sa nourriture à la nature – notamment à attraper du poisson – qu’ils en auraient par exemple pour un membres de l’Institut. Pourquoi attendre autre chose d’un peuple charmant, remarquable à beaucoup de points de vue, mais dont le niveau intellectuel dépasse rarement celui d’un Européen de treize ans ! »

Le pire reste à venir :

« Les polynésiens semblent d’ailleurs tout proche de l’état des premiers vertébrés amphibies d’où nous descendons directement, paraît-il. Leur intellect a peut être plus d’affinités instinctives au-dessous du niveau de l’eau, qu’au dessus. Témoins ces alliances avec les requins […] »

L’île est paradisiaque, surtout elle pourvoie amplement à l’alimentation du couple. La flore est abondante et tout pousse sans effort. Villaret décrit un verger tropical constitué de cocotiers, miro, bananiers, arbres de fer, goyaviers, papayers, pandanus…Par contre le gibier manque à l’appel si ce n’est les rats qui règnent en maître et les margouillats (lézards) et une ribambelle de bestioles qui rampes, qui grouillent…Le rivage et la mer par contre pourvoient largement à l’alimentation : mara, carangues, iihi, taïnifa, toau, roï, tarao, apaï, tonu, huéhué, momoa, éumé…sans parler des coquillages tout aussi nombreux et précieux pour le collectionneur. Seul l’utilisation du lexique maori donne un peu d’exotisme au récit.

« Sans le ravitaillement en poisson frais qu’elles nous procuraient, notre expérience de Piti-U-Taï eût été sophistiquée et se fût résolue en une série  de pique-nique au bœuf en boîte, au sein de la plus splendide des natures. »

En bons français, c’est le pain qui leur manque. Et voilà nos Robinson qui guettent la levée d’un pavillon qui annoncerait la fournée. Malheureusement il annonce plus souvent une visite ou du courrier. Sur la fin du séjour, enfin : 4 belles miches.

L’aventure s’arrête brutalement avec l’annonce de la guerre de Corée. L’engouement romanesque était de toute façon depuis longtemps épuisé.

En guise de conclusion, tous ces récits retracent des aventures qui se situent chronologiquement entre les années 50 et 80. D’une façon ou d’une autre les protagonistes expriment clairement leur filiation avec Robinson Crusoé à ceci prêt qu’ils quittent volontairement la société de consommation pour se réfugier dans un univers paradisiaque. A l’exception de Tom Neale, il s’agit d’une parenthèse mais l’aventure a ses contraintes et c’est finalement moins la solitude ou les inconvénients de la vie quotidienne et matérielle qui les éprouvent que les intempéries qui minent leur bel enthousiasme. Le mythe du Paradis en prend un méchant coup !

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