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C’est chaque année le même rituel. On n’est pas des trekkeur, pas même des randonneurs, tout justes des promeneurs. On s’attife comme des vagabonds (vieilles fringues, groles essoufflées) et oust, en chemin !

Aucun de nous n’a pas le sens de l’orientation. On devrait s’équiper d’un kit de survie et se câbler sur un gps parce qu’on finit toujours par se fourvoyer à cause d’un circuit mal détaillé, d’un défaut de fléchage ou d’un sentier mal débroussaillé. Même (ou surtout) avec une carte d’état major et une boussole on est capable de s’égarer. Tant mieux, on découvre toujours au cours de nos tours et détours de petits coins de paradis. Bien sûr, sur le coup ça met la rage mais au final, on ne regrette rien.

La nature c’est une évidence. C’est le seul vrai endroit où se ressourcer. Ces promenades estivales me renvoient souvent aux « rêveries d’un promeneur solitaire » de Jean-Jacques Rousseau. J’étais nul en philo au lycée mais celui là m’a marqué.

1762 inaugure ses années d’errance. Ces ouvrages font scandale. La polémique gronde. Il est poursuivi par la justice en France et en Suisse. En 1765, il se réfugie sur l’île Saint Pierre sur le lac de Bienne. C’est une brève période de bonheur. Il y passe son temps en promenade, herborisation et navigation. Ses promenades lui inspirent des réflexions autobiographiques et philosophiques. Il fait l’expérience d’une nature salutaire et apaisante. On parle alors d’un état fusionnel avec la nature, de contemplation, d’ataraxie ! Malheureusement, il est chassé et doit à nouveau fuir en France puis en Angleterre.

Que d’île, que d’île ! Les Suisses finiront par se raviser et lui rendront hommage en rebaptisant l’île aux Barques à Genève en île Rousseau. Une statue de James Pradier trône au milieu.

Toujours à propos d’insularité Jean-Jacques Rousseau qui se toque de donner leçons d’éducation, invente - c’est un raccourcis – la pédagogie expérientielle. Au cœur du dispositif, un livre : Robinson Crusoé, le plus heureux traité d'éducation naturelle. Il en fait d'abord le premier et le seul ouvrage de la bibliothèque d'Emile. Il y trouve l'épreuve permettant de constater l'état du jugement d'Emile. Il le qualifie de livre merveilleux.

Puisqu’il nous faut absolument des livres, il en existe un qui fournit, à mon gré, le plus heureux traité d’éducation naturelle. Ce livre sera le premier que lira mon Émile ; seul il composera durant longtemps toute sa bibliothèque, et il y tiendra toujours une place distinguée. Il sera le texte auquel tous nos entretiens sur les sciences naturelles ne serviront que de commentaire. Il servira d’épreuve durant nos progrès à l’état de notre jugement ; et, tant que notre goût ne sera pas gâté, sa lecture nous plaira toujours. Quel est donc ce merveilleux livre ? Est-ce Aristote ? Est-ce Pline ? Est-ce Buffon ? Non ; c’est Robinson Crusoé.

Robinson Crusoé dans son île, seul, dépourvu de l’assistance de ses semblables et des instruments de tous les arts, pourvoyant cependant à sa subsistance, à sa conservation, et se procurant même une sorte de bien-être, voilà un objet intéressant pour tout âge, et qu’on a mille moyens de rendre agréable aux enfants. Voilà comment nous réalisons l’île déserte qui me servait d’abord de comparaison. Cet état n’est pas, j’en conviens, celui de l’homme social ; vraisemblablement il ne doit pas être celui d’Émile : mais c’est sur ce même état qu’il doit apprécier tous les autres. Le plus sûr moyen de s’élever au-dessus des préjugés et d’ordonner ses jugements sur les vrais rapports des choses, est de se mettre à la place d’un homme isolé, et de juger de tout comme cet homme en doit juger lui-même, eu égard à sa propre utilité.

Ce roman, débarrassé de tout son fatras, commençant au naufrage de Robinson près de son île, et finissant à l’arrivée du vaisseau qui vient l’en tirer, sera tout à la fois l’amusement et l’instruction d’Émile durant l’époque dont il est ici question. Je veux que la tête lui en tourne, qu’il s’occupe sans cesse de son château, de ses chèvres, de ses plantations ; qu’il apprenne en détail, non dans des livres, mais sur les choses, tout ce qu’il faut savoir en pareil cas ; qu’il pense être Robinson lui-même ; qu’il se voie habillé de peaux, portant un grand bonnet, un grand sabre, tout le grotesque équipage de la figure, au parasol près, dont il n’aura pas besoin. Je veux qu’il s’inquiète des mesures à prendre, si ceci ou cela venait à lui manquer, qu’il examine la conduite de son héros, qu’il cherche s’il n’a rien omis, s’il n’y avait rien de mieux à faire ; qu’il marque attentivement ses fautes, et qu’il en profite pour n’y pas tomber lui-même en pareil cas ; car ne doutez point qu’il ne projette d’aller faire un établissement semblable ; c’est le vrai château en Espagne de cet heureux âge, où l’on ne connaît d’autre bonheur que le nécessaire et la liberté.

La marche est bel et bien un temps pour soi. J’en ai fait l’expérience malgré moi. A l’adolescence je n’avais ni vélo, ni solex, ni mobylette. Pour partir en virée je n’avais d’autre solution que d’avaler les kilomètres à pied. Je faisais des allers-retours quotidiens entre Vélizy et Versailles. Je traversais les bois de Chaville, la fontaine des Nouettes, Porchefontaine, les octrois puis je remontais l’avenue de Paris jusqu’au quartier Saint Louis parfois jusqu’à Satory ou jusqu’à la pièce d’eau des Suisses, plus rarement vers Rive Droite.

Ces longues pérégrinations, ou plutôt divagations, dans des états modifiés de la conscience (doux euphémisme !) étaient l’occasion d’une véritable rumination intellectuelle, une cogitation en roue libre sur les sujets de cours, les dossiers en cours ; un temps d’assimilation, d’appropriation, de restructuration et de restitution originale. Il n’y a rien de plus pitoyable que le bachotage et la régurgitation sans la moindre affirmation de soi.

La forêt c’est un peu notre « Eglise verte » pour plagier Hervé Bazin. Le jour où mon regard a glissé sur la tranche de son roman j’ai su intuitivement qu’il s’agissait de prêt ou de loin d’une robinsonnade.

Les indices ? Je me suis intéressé aux Robinson d’Amazonie et comme dans les contes, la forêt y devient un lieu de rupture sociale, c’est dans ses profondeurs que le héros s’enfonce, se révèle, s’initie au travers des épreuves et parfois des rencontres avant de revenir à la civilisation.

Autres pistes ? « Le jardin » de Régine Detambel et « Sacrifice » de Michel Leydier décrivent des processus de clochardisation au cours desquels les personnages en rupture se réfugient et s’effacent dans leur solitude, des friches, des ruines, des jardins publics.

Le terme de naufrage ne caractérise-t-il pas au sens figuré la ruine, la chute et la déchéance personnelle ? « Les naufragés», sous-titré « avec les clochards de Paris », est d’ailleurs le titre retenu par Patrick Declerck, psychanalyste et ethnologue, pour rendre compte de ses années activités au Samu Social dans la collection Terre Humaine.

Rien d’étonnant, donc, à ce que le héro de Bazin dont on découvre les blessures secrètes au terme d’une enquête tortueuse, se soit réfugié au plus profond des bois en compagnie d’un houret. Capturé, emprisonné, il se retranche dans le mutisme et préserve son identité.

« La flûte, qui s’est tue un moment, vient de reprendre, hache des bouts d’essai, tâte d’un air, puis d’un autre. Qu’on s’exerce dans l’île touche à l’invraisemblable. Elle se réduit, cette île, à un banc de terre molle également soudé à la canetille, hérissé des mêmes cannes qui ceinturent La Marouille. On ,e la remarquerait même pas sans la présence d’un aune et d’arbrisseaux flexibles, à tiges jaunes, à longues feuilles pointues, qui ne peuvent être que des osiers sauvages, dominant la masse noirâtre d’une souche échouée là par une crue. »

Le récit est un peu décevant. Ce n’est pas l’éloge à la nature qu’on imagine. Pourtant, les premières lignes étaient prometteuses :

« […] j’ai donné le goût des longues randonnées dans ces bois où nous sommes parfois des cueilleurs de simples, de bolets, de framboises, de noisettes, mais surtout des voyeurs. Je veux dire : des gens qui savent voir, à l’inverse de tant d’autres passant à côté de tout, les yeux ouverts et le regard fermé ; des gens qui appartiennent, en pleine nature, à l’ordre des contemplatifs, qui se conduisent comme dans une réserve, qui n’interviennent jamais, qui ne collectionnent rien, qui ne photographient même pas, qui se réjouissent seulement d’identifier cent variétés de papillons, d’oiseaux, de rongeurs et, plus encore, d’observer le silence des approches une biche camouflant sa rousseur, une couleuvre en train d’avaler un orvet, un pic à calotte rouge tambourinant ses noces au bord du trou pour sa femelle… »

La suite est tout à la fois une enquête sur l’identité du marginal et une tentative de réadaptation sociale. Dans le chassé-croisé des hypothèses, l’auteur suggère par la voix de la presse quelques commentaires :

« Un échotier se demande s’il ne s’agirait pas tout bêtement d’une expérience de survie, sur terre, analogue à celle de Bombard sur mer, et qu’on voulait tenir secrète.

Un autre parle de résistance à la solitude et penche plutôt pour une copie hexagonale de l’autorelégation de Georges de Caunes, déposé sur un atoll désert en compagnie de son chien »

Voilà qu’au passage j’ajoute un nouveau Robinson à ma collection !

Notre SDF volontaire a évidemment de faux airs de Robinson. L’auteur s’amuse simplement à brouiller les pistes, à faire le point sur les motifs de son émancipation sociale plutôt qu’à mettre en scène sa vie quotidienne en osmose avec la nature dans une île au milieu des marécages. L’enquête judiciaire terminée, l’anonyme retourne dans ses bois comme le Robinson de Michel Tournier reste sur l’île Esperanza.

« L’église verte » n’est pas un roman d’aventures, c’est un roman psychologique ! C’est aussi un des rameaux des robinsonnades. Il met en tout cas en évidence qu’il faudrait une véritable veille littéraire pour démasquer ces robinsonnades atypiques parce que ici le titre n’est pas révélateur. Il ne s’agit plus de « l’île de… » ou du « naufrage de…. ».

Cette année nous avons sillonné les Ardennes : Rimognes, Le Châtelet, Servion, Givet, Hargnie et enfin Haybes.

Le circuit des ardoisières nous plonge une dernière fois au cœur du massif ardennais. Demain, on fait les valises et retour dans le Vexin. D’abord nous apercevons l’entrée d’une mine. Des spots s’allument spontanément à notre approche. Ils percent l’obscurité d’un long tunnel dont les parois suintent.

Puis on serpente en forêt le long d’un cours d’eau qui gazouille. On le passe à gué puis on emprunte sur la gauche un chemin escarpé, caillouteux et profondément raviné. L’ascension est un peu raide et on se tord les guiboles à chaque pas. Le souffle court, il faut encourager les enfants fissa pour ne pas rester scotché en plein milieu du raidillon. Au sommet, quelques gâteau secs, un lichée d’eau et un demi malabar raffermissent les volontés. On traverse une départementale et on poursuit à flanc de coteau à l’abri des futaies qui étouffent les bruits des moteurs. On débouche enfin sur un panorama qui surplombe Fumay. En redescendant vers la voiture c’est la surprise !


Je ne peux m’empêcher d’évoquer « Le balcon en forêt », un superbe roman de Julien Gracq. Les bouquinistes de Charleville me l’ont conseillé. C’est selon eux un magnifique hommage aux Ardennes. En surfant sur internet je suis tombé sur une page qui fait le lien avec les robinsonnades.

De quoi s’agit-il ? C’est le récit probable de la drôle de guerre vécue par trois troufions en poste dans une maison forte à la frontière Belge. Les lieux sont réalistes, Moriarmé rappelle étrangement Monthermé et la maison des Falizes ressemble certainement à celle de Rogissart par exemple.

Dans l’attente d’une hypothétique offensive allemande les trois hommes s’emploient à vivre – seul – loin de la population et d’un état major inconsistant. Leur quotidien est rythmé de maraudes en forêt, de braconnage et de quelques incursions dans la vallée. L’aspirant Grange – à quoi aspire-t-il s’exclame en chœur les critiques ? - y découvre l’amour dans les bras de Mona. Le bruit de la guerre qui couve est comme étouffée par le manteau forestier. Sont-ils conscients de son imminence ? Sont-ils conscients de l’absurdité de leur mission ? La ligne Maginot et le dispositif des maisons fortes sont inefficaces face à une guerre éclaire, une guerre de mouvements. Les blindés font une percée brutale et la place des Falizes est éventrée. Les troufions, surpris, sont pris au piège dans leur blockhaus. Grange est laissé pour mort.

Ce récit me rappelle « Le désert des tartares » de Dino Buzzati, un roman de l’attente, des habitudes, de l’immobilité, de l’ennuie et de l’espoir déçu. A peine sorti de l’académie militaire, le lieutenant Giovanni Drogo est affecté au fort Bastiani à la frontière italienne. Le fort surplombe le mythique désert des tartares par lequel ont débouché les envahisseurs d’hier. Cette affectation est un enterrement de première classe. Pas prouesses héroïques à espérer, tout juste un avancement à l’ancienneté, dans la torpeur d’une vie monotone et morose. Coup de théâtre, lorsque enfin l’offensive a lieu, c’est Drogo qui n’est pas au rendez-vous après 34 ans d’attente. Malade, il passe à côté de son destin ! Quelle déconvenue !

Les quelques critiques que j’ai feuilleté comparent ce roman de Dino Buzzati à un autre roman de Julien Gracq « Le rivage des Syrtes » qui friserait le plagiat si les dates d’écriture et d’édition de l’un et de l’autre ne démentaient cette hypothèse.

« Le balcon en forêt » n’est pas une robinsonnade à mon grand désarroi – encore que…le lyrisme sylvestre emprunte souvent le vocabulaire maritime. C’est une impression globale de lecture. Il serait trop long de pointer toutes les allusions mais la forêt est décrite de façon assez ambivalente comme un océan :

« Quand il faisait signe de la main à Hervouët, et que tous deux un moment suspendaient leur souffle, le grand large des bois qui les cernait arrivait jusqu’à leur oreille porté par une espèce  de musique basse et remuée, un long froissement grave de ressac qui venait des peuplements de sapins du côté des Fraitures, et sur lequel les craquements de branches au long d’une brisée de bête nocturne, le tintement d’une source, ou parfois un aboi haut qu’excitait la lune pleine montaient par instant de la cuve fumante des bois. A perte de vue sur la garenne flottait une très fine vapeur bleue, qui n’était pas la fumée obtuse du sommeil […]. »

ou comme l’île – un havre de paix – loin de la folie des hommes, des furies nazies.

Quant au fort c’est un peu un navire en panne dans cette forêt aussi tranquille qu’une mer d’huile, à moins qu’il ne s’agisse d’une épave !

« Le capitaine reposa sa tasse et jeta un regard par la fenêtre, comme faisaient malgré eux tous les visiteurs ; en un instant le silence de la forêt, si difficile à chasser, reflua dans la pièce, aussi paisiblement que l’eau dans une épave couchée sur les grands fonds. »

Dans certaine description, la maison peut être associée à un navire. En réalité d’ailleurs quelques habitations ancestrales ne sont rien d’autre que des coques retournées pour donner la charpente de la toiture !

J’ai retrouvé un paragraphe d’un des plus beau roman de mon enfance « Le château de ma mère ». Marcel Pagnol prépare une fugue pour ne pas rentrer à Marseille. Il fouille la maison de campagne comme on fouille la cale d’un bateau pour réunir un petit nécessaire de survie. Il écrit à ses parents une lettre qu’il signe l’Hermitte des Collines…

« Je préparai enfin le fameux « baluchon » : un de linge, une paire de souliers, le couteau pointu, une hachette, une fourchette, une cuillère, un cahier, un crayon, une pelote de ficelle, une petite casserole, des clous, et quelques vieux outils réformés. Je cachai le tout sous mon lit, avec l’intention d’en faire un petit ballot au moyen de ma couverture, dès que le monde serait couché.

Les deux musettes avaient été mises au repos dans une armoire. Je les remplis de divers comestibles : des amandes sèches, des pruneaux, un peu de chocolat, que je réussis à extraire des paquets et ballots préparés pour le retour en ville.

J’étais très excité par ces préparatifs clandestins. En fouillant sans vergogne les bagages – même ceux de l’oncle Jules – je me comparais à Robinson, explorant l’entrepont du navire échoué, et découvrant mille trésors, sous la forme d’un marteau, d’une pelote de ficelle, ou d’un grain de blé.»

La Grande Guerre, celle de 14-18 – est, elle, clairement l’occasion de robinsonnades. L’offensive allemande – déjà – a rapidement enfoncé les lignes françaises. Le front s’est déplacé vers la Marne et la Somme. Tous les poilus n’ont pas eu le temps de se replier et certains sont pris au piège « dans les lignes allemandes ». Cachés en forêt, parfois soutenus par les villageois et les paysans, ils survivent par leurs propres moyens de braconnage et de rapine.

C’est le cas d’Henri Lévêque et de Victor Le Squern, les « Nouveaux Robinsons » de Marie Puiffe-Piquet, un récit authentique retranscrit avec beaucoup de compassion et une grande médiocrité littéraire. Réfugiés dans la forêt Mazarin, devenue leur « île verte », à quelques kilomètres de Sedan et de Charleville, ces soldats échappent à l’occupant en s’enterrant littéralement :

« […] Henri se met au travail ; avec une petite bêche de soldat et une pioche, donnés par la famille Gélu, au moment du départ, il creuse, et, tout à coup, il se révèle à lui-même excellent terrassier.[…] Ensemble, ils tassent les parois de leur future maison, ils bouchent les souterrains des renards qui se prolongent beaucoup trop loin. […] L’installation d’un lit est, pour eux, en même temps une source de travail e une cause de joie. Et vraiment, ils peuvent être fiers du résultat obtenu, leur couchette est un véritable chef-d’œuvre d’ingéniosité. […] Et, pour prévenir les éboulements, ils tendent des arceaux qui maintiennent la terre. »

Dans « La forêt sereine », Léonce Bourliaguet décrit le terrier de Péguéto de façon tout à fait similaire à quelque détail prêt :

« Nous examinâmes curieusement l’abri que j’appellerai désormais « la Grange » pour parler comme Péguéto. C’était une excavation régulière d’environ quatre mètres de profondeur sur trois de large et un et demi de haut. Des baliveaux soutenant des solives l’étayaient solidement. Une espèce de cheminée était creusée dans le mur de gauche (en entrant) et plaquée de grandes pierres de schiste plates ; l’ouverture, qui devait béer au-dessus à fleur de terre, était très étroite […] La couche était formée, dans le coin du fond à droite, par deux planches levées sur le sol et retenues dans cette position à l’aide de petits piquets enfoncés en terre […] »

Je ne me souviens pas que l’auteur fasse allusion à Robinson dans son roman. Par contre l’éditeur Magnard ne se gêne pas pour faire le rapprochement direct dans le résumer imprimé sur la jaquette :

« …Sereine comme un asile de paix, de douceur et de calme au milieu du déchaînement guerrier : c’est « le vert paradis des amours enfantines », l’île de Robinson dont rêvent les adolescents et quelque fois les hommes…Péguéto, le soldat braconnier, Sylvain le rêveur et la douce petite Eva vivent dans une forêt des Ardennes, en marge des hommes et de la guerre, par leurs propres moyens, comme dans une île déserte : la Forêt amie les accueille, les adopte, les protège ; ils en découvrent les mystères, les enchantements et les dangers, comme ils se découvrent eux-mêmes. »

Autre époque, autre endroit, autre conflit, « La chair et l’esprit » met en scène une robinsonnade en pleine guerre du Pacifique. Henry Allison, un fusilier marin, seul rescapé d’une mission périlleuse rencontre Sœur Angèle, une jeune ursuline dont la mission a été évacuée à l’approche des troupes japonaises. Ils survivent chichement sur leur île des Philippines dans la crainte d’être fait prisonnier.

Son cagna comme l’appelle Allison n’est pas loin de ressembler à ceux de ses homologues ardennais :

« Tout proche de là, à un endroit où l’humus noir se laissait bêcher sans peine, Allison creusa un trou d’une profondeur approximative de deux mètres avant d’obliquer sous le buisson. Le terreau meuble retiré à la bêche, il étançonna le buisson là où il y avait lieu de le faire, formant un parapet de la terre excavée. Il finit par obtenir un terrier d’une longueur de quelques trois mètres, large de deux, et profond de deux mètres cinquante. […] Les fondations terminées, Allison renforça le sol au moyen de planches récupérées des caisses d’emballage, qu’il rejointoya bien serré avec des coins de bois enfoncés au plat de bêche. Les parois latérales furent doublées de feuilles de tôle galvanisée […] Finalement, lorsque les ouvertures des cagnas furent dissimulées sous des fougères et des mottes, un passant non averti n’eût pu les découvrir à dix pas de distance. »

Les affres des guerres ont produit d’autres robinsonnades mais c’est une autre histoire…Celles là ont cela de particulier qu’il s’agit de Robinson en danger, de résistants en quelque sorte qui se terrent, qui se camouflent, qui vivotent au milieu de leurs semblables, à moins que l’ennemi soit la figure exemplaire de l’Autre, le sauvage. C’est à tirer au clair !

Voilà, la promenade tire à sa fin. Un pique nique sur le pouce et l’on reprend la route pour Givet pour faire un peu de canotage sur la Meuse, à Givet ou pour piquet une tête à la base de loisirs. Demain on reprend la route. Les vacances sont terminées.

Tag(s) : #DECRYPTAGE

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