Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

La robinsonnade est déjà un thème à géométrie variable mais si en plus on a cette tournure d’esprit à vouloir associer les idées comme on emboîte les poupées russes, on a vite fait d’associer des textes qui n’ont que de vagues connexions. Il y a pourtant d’étranges phénomènes d’osmose…

Alors, lorsque j’ai vu la programmation du film d’André Téchiné, « Les égarés », avec Emmanuelle Béart et Gaspard Ulliel, je me suis souvenu d’un article de la Dépêche que j’avais vu passé sur le net où l’on pouvait lire le commentaire suilinkvant :


« En juin 40, Odile est sur la route, dans le flot des réfugiés, avec ses deux enfants, Philippe, 12 ans, et Cathy, 7 ans, lorsque l'aviation allemande bombarde le convoi. Yvan, surgi de nulle part, les entraîne dans la forêt pour les protéger.

Ce garçon sauvage, sans scrupules mais très débrouillard, les emmène dans un grand manoir vide, perdu dans les bois, où les nouveaux Robinson Crusoé s'organisent. L'adolescent inconnu est un peu l'ange du «Théorème» de Pasolini, qui trouble les rapports entre Odile et ses enfants, qui fascine la jeune femme par sa jeunesse et son instinct de survie et la déstabilise. Tous les deux sont confrontés au désir. »

A l’époque je n’étais pas allé voir le film en salle mais je m’étais bien juré d’y jeter un coup d’oeil à l’occasion d’une diffusion sur le petit écran pour vérifier cette déclaration.

J’ai commencé par requêter sur Google pour vérifier s’il y avait des commentaires similaires, mais rien. Rien d’étonnant non plus, il faut dire qu’internet est une énorme machine à recycler encore et encore les mêmes textes à commencer par les résumés des 4ème de couverture et des boîtiers de DVD ! Et puis internet n’est pas exhaustif, loin s’en faut !

Puisqu’on parle de copier-coller, je vous propose un autre commentaire :

« Téchiné filme une sorte de parenthèse dans la guerre, quelques jours dans un cadre enchanteur et mystérieux (nature et photo magnifiques) au cours desquels une femme vit une expérience en dehors de ses repères habituels. Après la révélation finale, elle retrouvera la vie ordinaire de l'époque dans un camp de réfugiés mais rien ne pourra plus être comme avant. »

Cette fois c’est la formule « parenthèse dans la guerre » qui attire mon attention !

http://pdidion.free.fr/notules_2003/notules_2003_septembre.htm

Cette allusion me renvoie directement à un autre livre, « L’île d’espérance » de Erich Maria Remarque traduit en français par … Michel Tournier. Est-ce que c’est l’origine de Speranza, l’île de son Robinson ? Ce roman, plus connu sous le titre de « Un temps pour vivre, un temps pour mourir », relate lui aussi une parenthèse dans l’histoire de la seconde guerre mondiale.

« Soldat d'une armée allemande à laquelle ses chefs avaient promis la maîtrise du monde et qui compte ses innombrables morts. Ernst Gräber échappe à l'enfer des bombardements à l'occasion d'une permission et quitte le front russe devant Stalingrad pour partir à la recherche de ses parents. Effrayante odyssée : il ne traverse que des villes en ruine et ne voit que des survivants affamés. La rencontre d'une amie d'enfance. Elisabeth, va soudain illuminer la vie d'Ernst. Mais, après le spectacle de la destruction des hommes, y a-t-il encore un temps pour aimer ? »


Comment qualifier cette parenthèse ? De rupture avec la réalité violente, impitoyable et douloureuse ? Peut-être. L’adaptation cinématographique met en scène cette rupture. Comme dans un conte les protagonistes s’enfoncent d’abord dans une forêt touffue, profonde, inextricable ; puis ils entrevoient une clairière qui s’ouvre sur une lande dans laquelle ils progressent à l’aveugle ; enfin une maison jaillit du paysage. Cette demeure bourgeoise verrouillée, barricadée, perdue au milieu de nul part deviendra un havre de paix, hors du temps, de l’histoire, des évènements tragiques de la drôle de guerre et de l’occupation.

La « drôle de guerre » est un naufrage, l’exode puis la débandade en forêt une dérive et la maison une métaphore de l’île. Elle est au cœur de la trilogie de Gilles Perrault : « Le garçon aux yeux gris », « L’homme au bout du rouleau », « La jeune femme triste ». Elle accueillera d’ailleurs successivement d’autres naufragés : des résistants et plus tard encore Sylvie, la gamine du premier volet. Elle a 30 ans désormais, sa vie est en pleine débâcle, bafouée, trompée, elle revient sur les lieux de son enfance :

« Elle lui raconta l’exode, l’attaque de l’avion, leur fuite, la maison devenue une oasis de paix où ils avaient coulé quelques jours heureux. »

Oasis, une autre métaphore de l’île ! Les romans et le film se complètent. Ils alimentent un faisceau de présomptions qui fleure bon la robinsonnade. Le portrait d’Yvan, enfin, « Le garçon aux yeux gris », ne fait que confirmer la première impression : il s’agit bien là d’une robinsonnade. J’insiste sur confirmer parce qu’un garçon débrouillard, au sang froid, endurci, sans aucune conscience du danger qui maraude et braconne pour subvenir aux besoins d’une maisonnée n’est pas nécessairement un Robinson. C’est le contexte dans lequel il est placé qui lui donne toute son envergure.

Tag(s) : #CINEMA

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :