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Quelques robinsonnades décrivent des situations de régression, le traumatisme du naufrage, les affres de la solitude ... Elles sont rares. Les robinsonnades sont avant tout des récits d’initiation et à ce titre elles mettent en scène de préférence le courage, l’opiniâtreté, la maîtrise de soi, la créativité, l’instinct de conservation…

 

Robinson n’est pas un anti-héro. C’est un héro, tout court ! Et qui plus est un héro civilisateur ! L’un des tous premiers du roman moderne, d’ailleurs. D’accord, il n’a pas l’apanage des héros des mythologies. Il en a pourtant les vertus. Il n’est ni Ulysse, ni Hercule...mais ses épreuves évoquent tout de même les grandes étapes de l’humanité, depuis l’aube des âges farouches jusqu’aux prémices de la Révolution industrielle. Ca n’est pas rien !

 

Ce sont des seconds rôles qui révèlent les fragilités de l’homme livré à lui-même. Deux naufragés, en particulier, nous interpellent : Ben Gunn le personnage de Robert Louis Stevenson dans « L’île au trésor » et Ayrton, l’abandonné, de « L’île mystérieuse » de Jules Verne.

 

Ils ont une filiation incontestable avec un certain Selkirk, le marin qui inspira Defoë. Quelques lignes lui sont consacrées dans le journal de bord de Woodes Rogers (1712). Après quatre ans et quelques de solitude, ce marin, livré à lui même sur une île de l’archipel Juan Fernandez, survécut en puisant dans cette zone réflexe mal définie qu’on appelle l’instinct de survie et qui fait miroiter un peu notre facette animale ! Peut être une foi renaissante lui évita-t-elle de sombrer définitivement dans la folie. C’est du moins l’interprétation de Steele, le journaliste qui parachève à l’époque le portrait du naufragé.

 

La subtilité de Jules Verne dans « L’île mystérieuse » est de proposer mine de rien, une mise en abîme inattendue : les naufragés de l’île Lincoln – Cyrus Smith en tête – sauvent Ayrton – l’abandonné - du dénuement et de la folie. C’est en quelque sorte la rencontre de Robinson Crusoé et de Selkirk

 

Robinson Crusoé et bien d’autres après lui, d’ailleurs, sont des héros civilisateurs qui méritent leur place au panthéon des figures mythiques de la littérature.

 

L’île qu’il aborde est vierge ou du moins on le présume. Elle est parfois le siège de rites cannibales ou funéraires (Mourir et Aimer sous les palmes de Konsalik). Peut être même a-t-elle accueilli auparavant quelques naufragés successifs comme l’île de Mas a Tierra par exemple.

 

L’île est intemporelle. C’est une nature vierge, sauvage, telle qu’à l’aube de l’humanité. Elle est souvent perçue comme un paradis préservé, inaccessible si ce n’est à l’invitation de la Providence. A moins qu’il ne s’agisse d’un purgatoire. L’île est à la fois le lieu et la source d’épreuves qui imposent une introspection et une révolution personnelle. Il faut puiser dans des ressources inexplorées, inexploitées pour en triompher avec bonheur.

 

L’intrusion des Robinsons, c’est l’intrusion de la civilisation, de la culture. On pourra reprocher à Defoë - Robinson le subterfuge de l’épave pour lancer sa petite entreprise mais d’autres après lui se sont amusés à jouer du dénuement de leurs naufragés et à imaginer des scénarii tous plus (im)probables les uns que les autres. Par étapes, ils gravissent les échelons de la pyramide de Masselot. Une fois réglées les questions de survie et les besoins primaires : refuge, sécurité, alimentation, feu…les Robinsons peuvent développer toute une industrie du confort. C’est particulièrement édifiant dans « Les Robinsons Suisses » de Rodolphe Wyss.

 

Michel Tournier constate que « comme l’humanité de jadis, il (Robinson) était passé du stade de la cueillette et de la chasse à celui de l’agriculture et de l’élevage ». Lionel Dupuy pousse plus loin l’analyse dans un article sur « L’île mystérieuse » lorsqu’il compare l’industrieusité de Cyrus Smith et de ses compagnons aux étapes qui mène l’humanité de l’industrie préhistorique à la révolution l’industrielle en quelque sorte. La nature est gratifiante. Elle se prête au travail de la poterie, de la métallurgie jusqu’à la réalisation de nitroglycérine, d’ascenseur hydraulique, de télégraphe…L’auteur y voit lui aussi une « métaphore de l’histoire de l’humanité ».

 

Plus ambitieux – peut être mégalomaniaque – James Fenimore Cooper dans « Le cratère » - édité aussi sous le titre « Les Robinsons du cratère » - imagine une robinsonnade plus prospèreencore. Mark Woolston, non content de survivre sur un îlot volcanique en apparence stérile, jette les bases d’une colonie florissante qui comptera jusqu’à 300 habitants. Lorsque son autorité est remise en cause par les nouveaux arrivants, il abandonne la colonie dénaturée, puis la mer engloutit le petit archipel. Quelle leçon !

 

Harry Morgan fait une critique acerbe du roman. James Fenimore Cooper l’a bâclé. Il ne s’est pas plus soucié d’agronomie que d’économie ou d’histoire pour imaginer l’expansion de sa colonie. On est dans le cadre de la pensée magique. Le temps est compressé et tout devient possible dès qu’on l’évoque. Mais qu’importe après tout puisque l’aventure est allégorique. D’ailleurs Karl Marx ne s’embarrasse pas de détails et jette les robinsonnades dans le même panier. Pour lui, elles caractérisent l’autarcie dont il fait la première étape de sa théorie sur l’accumulation du capital et la division du travail.

 

C’est justement cette autarcie, cette solitude qui ont déboussolé Ben Gunn et Ayrton. Ils sont sans ressources, psychologiquement fragilisé peut être, plus exposés aussi à une existence primitive, sans même le réconfort d’une vie spirituelle épanouissante.

 

Ben Gunn apparaît dans « L’île au trésor » au chapitre intitulé « L’insulaire ». Jim Hawkins le rencontre lorsqu’il commence l’exploration de l’île. C’est d’abord une ombre qui se faufile ; s’agit-il d’un homme, d’un singe, d’un cannibale ? Hé bien, non, c’est bien un chrétien. Il est déguenillé, pire qu’un mendiant, hirsute, la peau tannée et bronzée. Est-ce un naufragé ?

 

« - Non, camarade, dit-il, je suis un marron.

Je connaissais ce mot et je savais qu'il se rapportait à une affreuse punition, en usage parmi les pirates. Elle consiste à déposer le coupable dans une île déserte et lointaine, avec une provision de poudre et de plomb, et à l'y abandonner pour toujours. »

Dans son empressement à bavarder, il saute du coq à l’âne : de son envie de fromage, de l’équipage du capitaine Flint et de sa richesse… Tout cela semble incohérent et Jim se fait vite une opinion : « Je ne doutai plus que le pauvre garçon fût devenu fou dans son isolement. »

Ayrton, quant à lui, apparaît pour la première fois dans « Les enfants du Capitaine Grant ». C’est un petit escroc qui déroute l’expédition que Lord Glenarvan a organisé pour secourir les naufragés du Britannia. Il est finalement démasqué, puni et abandonné sans autre forme de procès sur l’îlot qui abrita le Capitaine Grant et les autres rescapés. Les premières années il accepte son sort. Mais la solitude le taraude. Il estime avoir suffisamment expié ses pêchés. Et n’espérant plus être sauvé, il lâche prise, se laisse aller et perd la raison. C’est dans cet état qu’Harbert, Gédéon Spilett et Pencroff le découvrent :

 

« En vérité, ce n’était point un singe ! C’était une créature humaine, c’était un homme ! Mais quel homme ! Un sauvage, dans l’horrible acception du mot, et d’autant plus épouvantable, qu’il semblait être tombé au dernier degré de l’abrutissement ! »

 

Effectivement il est déguenillé, hirsute, effarouché et menaçant. Il n’habite visiblement plus sa cabane, se nourrit de viande crue et ne parle pas. Les naufragés le ligote, l’enferme, ne sachant trop comment ranimer une étincelle d’humanité en lui. Cyrus Smith est persuadé qu’on peut le sortir de sa torpeur ! Il l’apprivoise en quelque sorte, le relooke, l’observe et lui apporte ses soins comme à un malade. Puis il essaie de créer les conditions propices à créer un déclic qui lui permettra de reprendre conscience. Effectivement Ayrton s’assagit, prend de l’autonomie et participe à la vie du camp.

 

Mais le lecteur n’est pas complètement dupe de la comédie qui se joue. Dès leur rencontre, Ayrton a sauvé Harbert, Spilett et Pencroff d’une violente tempête « comme si son instinct de marin eût repris le dessus ». Passé le premier mouvement violent Ayrton est bel et bien revenu à lui. C’est sa culpabilité qui le mine et c’est avec une grande effusion qu’il se lâche enfin et avoue son passé criminel. Dès lors tout rentre dans l’ordre et Ayrton devient un bon compagnon.

 

Alors ? L’isolement, la solitude les ont traumatisés, mais pas tant que ça puisqu’ils recouvrent vite leurs esprits. Ils ont visiblement cédé au désespoir, à la dépression mais se sont adaptés aux circonstances en adoptant de nouvelles mœurs. Et c’est bien toute la question de qualifier cette apparente déchéance.

 

Au premier coup d’œil on s’interroge sur leur humanité : homme, sauvage, animal ? La psychanalyse n’est alors d’aucun secours, elle n’en est qu’à ses balbutiements. C’est donc en terme philosophique ou métaphysique qu’on cherche les réponses à leur état d’âme. Ils ont perdu la raison, voilà!

 

Cyrus Smith décrit bien le devenir d’un solitaire remarque Daniel Compère : « Et qui sait ce que deviendrait le dernier vivant de nous, après une longue solitude sur cette île ? Malheur à qui est seul, mes amis, et il faut croire que l’isolement a vite fait de détruire la raison, puisque vous avez trouvé ce pauvre être dans un tel état ! ».

 

En tout cas Hetzel s’inquiétait déjà : « Ce sauvagisme dure infiniment trop longtemps. Les médecins les plus forts, les physiologistes comme Béclard me disent que l’isolement seul ne peut expliquer l’abrutissement. Nul homme ne redevient un singe parce que nul homme ne l’a été », mais Jules Verne, qui cèdait souvent à Hetzel, refusa pourtant et répondit : « Tout ce que vous me dites du sauvagisme d’Ayrton est pour moi sans importance. Tous les aliénistes du monde n’y feront rien. J’ai besoin d’un sauvage. Je dis au public : voilà mon sauvage et vous croyez qu’on s’inquiètera de savoir si après 12 ans de solitude, il a pu devenir si sauvage que cela ! Non, l’important est qu’étant sauvage, il redevienne homme ». Point final !

 

Ces deux portraits tranchent radicalement avec l’idée que l’on se fait du Robinson. Et pourtant ils sont plus réalistes. D’ailleurs n’oublions pas qu’à l’origine de Robinson, il y a Selkirk, un marin écossais, disons, turbulent. Deux essais récents lui sont consacrés, l’un de Diana Souhami, l’autre de Ricardo Uztarroz

 

Les éléments biographiques sont si maigres que chacun délaye un peu et qu’ils autorisent toutes sortes de digressions. Dans une préface Michel Lebris torche un portrait plein de préjugés. Là où il voit un parfait butor, j’y vois plutôt le parcours d’un cadet sans avenir si ce n’est la domesticité, un jeune marin qui participe à une expédition calamiteuse et qui devient pirate d’occasion. C’est un franc buveur, bourlingueur, bagarreur ni plus ni moins que beaucoup de ses compères. C’est aussi un pilote hors-pair come en témoigne sa carrière maritime.

 

Abandonné sur l’île de Mas a Tierra dans l’archipel Juan Fernandez (à proximité des côtes chilienne) pour s’être opposé au commandant du navire le Cinque Port qu’il faut radouber – la coque est vermoulue – il survivra seul près de 4 ans et demi. Il est enfin recueilli par Wood Rogers qui écrit :

 

« Ce matin vers sept heures (31 janvier 1709), nous sommes arrivés à l’île de Juan Fernandez….Notre pinasse…ramena, en même temps qu’une grande quantité d’écrevisses, un homme vêtu de peaux de chèvres, qui avait l’air plus sauvage que leurs propriétaires originaux » […] « Il eut fort à faire pour tenir tête à la mélancolie et à la terreur nées de son abandon solitaire en un lieu aussi désert. » […]Quand il fut arrivé à dominer sa mélancolie, il se divertit parfois à graver son nom dans l’écorce des arbres. » […] « A son arrivée à notre bord, il avait tellement oublié sa langue faute d’usage que nous ne le comprenions qu’à grand peine. »

 

Quelle surprise ! On comprend que l’éditeur du journal de bord ait insisté pour que l’auteur développe cet épisode. On peut supposer que cette histoire sera largement commentée et colportée dans le petit monde des marins et très certainement au delà. Il n’y a pas de raisons que les contemporains n’aient pas été friands de ce genre de commérages.

 

En tout cas on perçoit bien l’écart qui existe entre les personnages de Selkirk et de Robinson. Defoë ne conserve en effet que la trame des aventures : l’opportunité, le cadre et les aléas. La psychologie du personnage est très différente. Defoë a d’autres ambitions pour son Robinson…

 

Jules Verne, lui, s’amuse ! C’est un spécialiste des robinsonnades. Il en a 5 à son actifs sans compter les saynètes qui émaillent quelques autres aventures : « L’oncle Robinson » (1870) – une édition posthume (1991), « L’île mystérieuse » (1873-75), « L’école des Robinsons » (1881), « Deux ans de vacances » (1886), « En Magelanie »(1897-98) – publié par son fils sous le titre des « Naufragés du Jonathan ».

 

En relisant Daniel Compère, on perçoit bien son secret espoir de publier une robinsonnade digne de mémoire. Il s’adresse ainsi à son éditeur : « Seulement, n’oublions pas ceci. Le sujet de Robinson a été traité deux fois. Defoë qui a pris l’homme seul, Wyss qui a pris la famille. C’étaient les deux meilleurs sujets. Moi, j’ai à en faire un troisième qui ne soit ni l’un ni l’autre. […] Vous avez plusieurs fois déjà jeté des doutes dans mon esprit au sujet de cet ouvrage. […] J’ai pourtant la conviction, - et je vous en parle comme s’il était un autre – qu’il ne sera point inférieur au derniers, et que, bien lancé comme eux, il réussira. J’ai la conviction profonde que la curiosité du lecteur sera excitée, et que la somme des choses imaginées dans cet ouvrage est plus considérable que les autres, et que ce que j’appelle le crescendo s’y développe d’une manière pour ainsi dire mathématique. »

 

En 1888 dans sa préface à « Deux ans de vacances », il renouvelle, en quelque sorte ses ambitions qu’il a pour ce sujet et les intentions qui encouragent son opiniâtreté :

 

« Bien des Robinsons ont déjà tenu en éveil la curiosité de nos jeunes lecteurs. Daniel de Foë, dans son immortel Robinson Crusoé, a mis en scène l’homme seul ; Wyss, dans son Robinson suisse, la famille ; Cooper, dans le Cratère, la société avec ses éléments multiples. Dans l’Île mystérieuse, j’ai mis des savants aux prises avec les nécessités de cette situation. On a imaginé encore le Robinson de douze ans, le Robinson des glaces, le Robinson des jeunes filles, etc. Malgré le nombre infini des romans qui composent le cycle des Robinsons, il m’a paru que, pour le parfaire, il restait à montrer une troupe d’enfants de huit à treize ans, abandonnés dans une île, luttant pour la vie au milieu des passions entretenues par les différences de nationalité, – en un mot, un pensionnat de Robinsons.

 

D’autre part, dans le Capitaine de quinze ans, j’avais entrepris de montrer ce que peuvent la bravoure et l’intelligence d’un enfant aux prises avec les périls et les difficultés d’une responsabilité au-dessus de son âge. Or, j’ai pensé que si l’enseignement contenu dans ce livre pouvait être profitable à tous, il devait être complété. C’est dans ce double but qu’a été fait ce nouvel ouvrage.»

 

Mais difficile d’innover vraiment. Avec Robinson Crusoé, la messe est dite, les robinsonnades ne sont malheureusement que des variantes, aussi géniales soient-elles. Pas sûr donc que Jules Verne ait eu la satisfaction de créer l’œuvre magistrale dont il rêvait. Pourtant ça n’est pas faute d’avoir imaginer de nouvelles pistes : mise en scène d’un groupe d’adolescents, la robinsonnade comme modèle éducatif, la robinsonnade et l’utopie sociale, l’ingénieur, nouveau héros civilisateur.

 

Au-delà de toutes ces tentatives, Jules Verne a le génie d’arranger cette rencontre improbable entre Robinson et Selkirk, en quelque sorte, avec cette mise en abîme du second volume de « L’île mystérieuse » : des naufragés qui attendent des secours secourent un naufragé qui attendait du secours ! Tout se joue à peu de chose finalement. L’homme est un être social, communication et collaboration contribuent à son épanouissement ; dans la solitude, il s’étiole. D’autres robinsonnades moins optimistes rappellent aussi que « l’enfer, c’est les autres ».

 

D’autres récits traitent du retour à l’état sauvage : « Les jeunes insulaires » (1842) d’Ortaire Fournier » et « Sa majesté des mouches » (1954) de William Golding. Ils méritent une attention particulière. Ils mettent en scène des groupes d’enfants, de pré-adolescents et d’adolescents. Très certainement nous questionnent-ils plus sur l’éducation au sens large. Il y a aussi moyen de leur opposer des réussites, ne serait-ce que « Deux ans de vacances » de Jules Verne par exemple.

 

Pour en revenir à nos préoccupations, c’est la foi qui soutient nos Robinsons, la foi en Dieu et dans la Providence ou la foi dans la toute puissance de la science – destinée au bonheur humain – incarnée par Cyrus Smith.

 

En l’occurrence, la personnalité même de Cyrus Smith prête à discussion. Que doit-on penser des facéties de l’auteur, du probable anagramme Cyrus Smith=Yesu Christ, des références bibliques et du jeu de piste qui fait coïncider les grandes étapes de l’aventure insulaire avec les jours saints du calendrier pascal ? Gilles Carpentier se contente de relever les coïncidences de parcours des Sauveurs. Simple amusement, cas de conscience sur les vertus du progrès ou reconversion mystique, la question reste posée ?

 

C’est sûrement très excitant d’imaginer un code caché dans l’œuvre de Jules Verne mais ne dénigrons pas le travail littéraire. Un bon roman est entre autres choses une œuvre réfléchie, structurée, foisonnante, à différents niveaux de lecture.

 

Tag(s) : #DECRYPTAGE

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