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J’ai reçu une alerte à propos de la parution d’une intégrale d’Akim – une série culte - publiée par … je vous le donne en mille … les éditions Robinson ! Sacrée coïncidence, non ?

La série publiée par Augusto Pedrazza & Roberto Renzi à partir de 1950 est un pastiche de Tarzan. Il met en scène les exploits d’un jeune naufragé, élevé par des gorilles au cœur de la jungle, qui développe force, agilité, rapidité ainsi que la faculté à communiquer avec les animaux, avant d’être élevé au rang de roi de la jungle.

C’est dans les grandes lignes le pitch du Tarzan d’Edgar Rice Burroughs. Je l’ai lu il y a un bail mais je me souviens que c’est déjà en quelque sorte un enfant du naufrage. Un orphelin dont les parents ont été abandonnés par des mutins, seuls, sur une côte hostile. Son père assassiné dans leur cabane perchée par Kerchak, un grand singe. Et le petit d’homme recueilli au berceau par Kala, une femelle qui l’élève comme son propre petit et le défend des rivalités au sein du clan. Tarzan devient ainsi l’archétype de l’enfant sauvage aux aptitudes exceptionnelles. Le cinéma et la bande dessinée lui offriront une carrure de super-héro.

Les chapitres 2 et 3 du roman inaugural (la série de Burroughs en compte 26) sont consacrés à la mutinerie à bord du Fuwalda en route vers l’Afrique. L’abandon de John Clayton, lord Greystoke, et de sa femme dans une baie isolée et sauvage, avec armes et bagages, outils et ustensiles pour s’établir dans la forêt vierge et survivre. Le couple bâtit une cabane forestière qui ne résistera malheureusement pas longtemps aux raids des grands singes arboricoles ombrageux.

Leur cabane en rappelle une autre, celle du « Robinson suisse ». Et, coïncidence encore, en 1999, l’attraction « Swiss Familly Treehouse » de Disneyland sera reconvertie en « Tarzan’s Treehousse ». Le disneydendron est alors étoffé et fleuri de façon à restituer l’ambiance du dessin animé à succès. La cabane est remaniée sous la forme d’un bateau.

A la différence de Victor de l’Aveyron et consort, taxés d’idiotisme avant d’être requalifié d’autistes, Tarzan est un garçon qui se (ré)adaptera aux usages de l’aristocratie britannique et possèdera désormais une double culture, celle de l’homme et celle de l’animal.

Alors, chaînon manquant ? Médiateur ? Héro ? La légende s’étoffe au fil des romans, des bandes dessinées, des films, des animés et au milieu d’une profusion d’avatars.

Tarzan, Akim et d’autres Tarzanides – selon le terme créé par le critique Francis Lacassin - restent attachés à leur jungle. Une nature où ils vivent en harmonie. Un paradis caché qu’ils défendent âprement contre les ingérences d’une civilisation cupide et vorace : chasseurs de fauves, chercheurs d’or, pillards de matières premières, trafiquants, colons, légions, nazis, robots, etc (on ne fait pas grand cas ici des anachronismes et du réalisme), bref de toute une lie enivrée par les richesses de ce royaume d’émeraude. Tous les Tarzanides deviennent peu ou prou des héros écologistes.

Si Rudyard Kipling s’inspire pour Mowgli des légendes hindoues d’enfants élevés par les loups, il renvoie également au mythe fondateur de Rémus et Romulus. Edgard Rice Burroughs quant à lui alimente nos fantasmes de ses questions sur l’humanité. Tarzan est couvé par une femelle singe. Une femelle dont l’instinct maternel rappelle l’amour d’une mère pour son nourrisson. Et voilà que s’agitent toutes les controverses sur notre généalogie et le propre de l’homme.

Les spécimens d’enfants prétendument élevés par des loups ne résistent pas aux contradictions de l’éthologie et à la physiologique. Par contre l’histoire de Tarzan gagne en réalisme. Ne sommes-nous pas des parents des singes ? Où nous situons-nous dans l’arbre généalogique des primates ? Depuis Linné le portrait de famille semble se clarifier. Mais dans le premier quart du 20ème siècle l’orgueil nous empêche encore de bien voir la familiarité avec cet Autre simiesque.

Burroughs prend par contre le contrepied des spéculations sur l’inné et l’acquis. Surtout il ne tire aucune leçon des études psychologiques et de l’impossible ré-éducation de Victor de l’Aveyron dont Jean Marc Itard semble ne s’être pas consolé. Les cas, plus récents, des malheureux « enfants du placard » consolident un constat sans appel : de graves carences éducatives et affectives au cours de la croissance sont irréversibles. Tarzan n’est qu’un mythe littéraire.

J’ai fouillé le net à la recherche d’autres héros bodybuildés, slip léopard et coutelas à la ceinture, iodlant comme une corne de brume dans la moiteur de la jungle. Je pensais à Rahan dont j’ai arboré le collier de crocs et le poignard d’ivoire, mais non. Puis le mot clé Tarzanide m’a mis sur la piste de toute une faune de super-héros qui traversent la jungle de liane en liane comme Spider-Man de gratte-ciels en gratte-ciels. Tous ces héros ne sont pas des enfants sauvages et n’ont laissé de traces que de rares couvertures de magazines et de brèves biographies. A peine de quoi alimenter ma curiosité. Voici 4 autres enfants sauvages :

Saturnin Farandoul. Le personnage est créé en 1879 par Alfred Robida. Suite à un naufrage Saturnin qui n’est encore qu’un bébé échoue sur une île où il est élevé par des singes. 10 ans plus tard il quitte l’île sur un tronc d’arbre mais y revient pour civiliser les singes. Un Tarzanide avant l’heure ?

Ka-zar. Les Rand se crashent dans la jungle au cours d’un vol qui les mène d’Afrique du Sud en Egypte. Constance, la mère, meurt de ses blessures. John, le père, perd la tête après une chute. David leur fils grandit et forcit. Il s’impose au fil des aventures comme le justicier de la jungle et affronte tous les malfrats. Il combattra même les nazis en Ethiopie et en Somalie.

Ka’Anga. Paru dans Jungle Comics en 1940. Une copie de Tarzan semble-t-il. Si ce n’est qu’il est blond !

Rugha. Un archéologue découvre sur une île coupée du monde Rugha et sa sœur Laura qui vivent à l’écart des natifs. L’île est scotchée dans la préhistoire. Ils affrontent ensemble des animaux fantastiques et des hommes des cavernes.

Si Tarzan est l’exception et l’enfant sauvage un pauvre hère. Pour autant une soudaine rupture sociale et éducative implique-t-elle nécessairement un scénario de régression ? C’est en tout cas ce que suggère « Quinzinzinzili » le pessimiste roman de Régis Messac publié en 1935 qui va à l’encontre des scénarii d’un Jules Verne par exemple qui exalte l’école buissonnière et les capacités créatrices de ses collégiens mais annonce déjà l’ensauvagement des jeunes héros de William Golding.

L’auteur est assez visionnaire lorsqu’il analyse dans une longue introduction les tensions et les forces en présence à la veille de la seconde guerre mondiale. Et, sans avertissement il précipite la fin du monde sur un groupe de gamins partis en randonnée au départ du sanatorium où ils étaient en soin. Ils survivent et s’adaptent à de nouvelles conditions de vie sans l’aide du seul accompagnateur qui a lâché la rampe, les observe d’un œil goguenard et croque la chronique d’une humanité renaissante.

Régis Messac brosse les étapes de la déconstruction culturelle. D’abord le langage qui s’appauvrit et devient charabia. L’ascendance de la pensée magique. L’éclosion de nouveaux credos. L’incompréhension des enjeux sociaux, du désir et de la sexualité. Les violences liées aux frustrations et au désir mimétiques. Le quotidien rétrograde et le possible rebond vers une nouvelle civilisation.

Après tout ça, le lien entre Robinson et Tarzanides semblait bien fragile jusqu’à la découverte de « Lonely Larry, tel un Robinson » une courte série publiée dans le magazine « Nick Jolly ». Je vous laisse juge :

« Lonely Larry, un garçon de 14 ans, était un naufragé réfugié sur une île (volcanique) du Pacifique. Son unique compagnon était Tommy, un toucan. »

(Episode 1) Alors qu’il escalade une falaise pour dénicher des œufs, Larry décroche et tombe à l’eau. Il est emporté par un tourbillon et à la sortie du siphon émerge dans un lac souterrain où circulent l’eau de mer et la lave en fusion. Pour sortir vivant du labyrinthe il devra affronter à coups de coutelas une pieuvre, une raie manta, un crabe géant, une nuée de chauves-souris, une clique de rats, des algues menaçantes avant (Episode 2) de s’agripper aux parois internes du cratère, l’escalader sous les attaques d’un condor, suivre une corniche dont certains bosquets abritent des plantes carnivores, des scorpions, un jaguar. Après ces embûches Il se requinque dans une baignoire d’eau bouillonnante et savoure un lézard en croûte de glaise. Larry s’aperçoit alors que son toucan s’est englué. Il s’agit de gomme de caoutchouc. Il a l’idée d’en enduire de longues palmes et d’en façonner une montgolfière qu’il gonfle du gaz émanant du volcan. Mais au cours de l’ascension le ballon est déchiré par le condor. Larry parvient tout de même à trouver des prises et se hisser jusqu’au sommet d’où il embrasse un superbe panorama sur une baie. (Episode 3) Larry revient de sa pêche sous-marine. S’arrête sur la tombe de madame Lewis et rejoint son mari qui somnole sur une chaise longue. Il s’agit d’un couple survivant du naufrage qui a pris soin de Larry. Après avoir préparé le repas, il part en vadrouille sur la plage et aperçoit au loin le panache d’un navire qu’il espère dérouter en faisant un bûcher. Mais il est alors attaqué par un léopard dans la fourrure duquel il se taille un maillot tacheté. Toujours sur la plage il s’étonne des signes gravés sur la carapace d’une tortue. Il s’agit des indices qui mènent à un trésor. Lonely Larry parvient à déchiffrer l’énigme et trouve ce trésor dont il n’a que faire à l’exception d’un casque rutilant qui le protègera des chutes de pierres lorsqu’il escalade les falaises pour cueillir des œufs. (Episode 4) Larry a creusé un tronc pour réaliser une pirogue mais elle est mal équilibrée et se retourne au premier rouleau. Il améliore sa navigabilité et cabote autour de l’île. Il est alors traqué par un barracuda qu’il conduit astucieusement jusque dans les tentacules d’une pieuvre géante. (Fin)

Voilà une nouvelle frange de recouvrement entre héros littéraires. Enfant du naufrage mais pas enfant sauvage, plus svelte que bodybuldé, en slip léopard et coutelas à la ceinture, Larry survit aux périls de l’île - une île qui rappelle certaines adaptations de « L’île mystérieuse » peuplée d’animaux monstrueux et dangereux sans être pour autant un Jurassic Park - tel un Robinson.

Evidemment c’est une piètre imitation de Tarzan. Quelques pages d’un scénario à vrai dire faiblard mais ce n’est que de la littérature de gare. Des séries produites au kilomètre comme le raconte Carlos Giménez dans ses souvenirs d’auteur studio paru dans Fluide Glacial sous le titre « Les professionnels ». Il a surtout dessiné le très poignant « Paracuellos ».

Tag(s) : #BANDES DESSINEES
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